
Elle fait le tour du monde seule en fauteuil mais ne veut plus quitter la Thaïlande
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Éléonor, une jeune femme en fauteuil roulant, partage son parcours inspirant et ses expériences de voyage en Asie du Sud-Est, notamment en Thaïlande. Elle déconstruit l'idée reçue selon laquelle la Thaïlande serait inaccessible aux personnes handicapées, affirmant qu'elle y fait tout, des speedboats aux longtails.
Son aventure solo en Asie a débuté par un voyage à Madrid, alors qu'elle était en Erasmus en Espagne. Initialement, elle attendait que quelqu'un l'accompagne, mais un jour, elle a décidé d'y aller seule, réalisant qu'elle en était capable. Ce voyage de quatre jours s'est si bien passé qu'il a marqué le début d'une longue série de voyages, augmentant sa confiance en elle et en ses capacités. Elle souligne qu'elle ne voyage pas seule au sens strict, car elle rencontre des personnes en chemin qui l'aident, créant ainsi des liens forts et des rencontres enrichissantes.
Éléonor compare la mentalité thaïlandaise et française face au handicap. En Thaïlande, elle se sent valorisée, presque comme une "Wonder Woman", les Thaïlandais admirant sa force et son indépendance, la voyant comme une personne à part entière au-delà de son handicap. En France, elle a expérimenté une tout autre attitude, celle de la pitié, et même un refus de transport, laissant son fauteuil démonté sur le bord de la route.
Elle décrit l'aide spontanée et efficace qu'elle reçoit en Thaïlande pour se déplacer, que ce soit dans les transports en commun comme le métro ou le BTS à Bangkok, où des agents l'assistent à chaque étape avec des rampes et des ascenseurs. Elle contraste cela avec la France où les demandes d'assistance doivent être planifiées des jours à l'avance.
Concernant les infrastructures, Éléonor nuance. Si certains endroits en Thaïlande, comme une promenade à Krabi ou une base militaire, sont bien adaptés, d'autres, notamment dans la nature ou dans des zones moins urbanisées, peuvent être plus compliqués. Cependant, elle réaffirme que même en l'absence d'infrastructures parfaites, l'aide des Thaïlandais pallie souvent ces manques.
L'origine de son handicap remonte à sa naissance prématurée. Ayant arrêté de respirer pendant plus de huit minutes à deux reprises, elle considère être revenue "pour quelque chose sur cette terre". Cet événement a principalement affecté sa motricité, bien que son cerveau soit intact. Elle a beaucoup progressé grâce à la kinésithérapie tout au long de sa vie, et aujourd'hui, sa routine comprend le yoga, les massages thaïlandais et des exercices personnels. Elle peut marcher sur une distance de 400 à 500 mètres, avec des difficultés d'équilibre sur terrains accidentés.
Elle a une expérience marquante des massages thaïlandais prodigués par des personnes malvoyantes ou aveugles, qu'elle juge particulièrement efficaces, surpassant même des séances de kinésithérapie occidentale. Ces massages, mêlant acupression, ostéopathie et mouvements de kiné, lui procurent une détente profonde et un "reset" mental et physique.
À l'origine, Éléonor était journaliste, mais une remise en question pendant le Covid l'a amenée à changer de voie. Elle est devenue sophrologue, une discipline qu'elle a étudiée pendant trois ans, se spécialisant dans la sophrologie caycédienne. Elle utilise cette méthode pour aider les gens à briser leurs barrières mentales, souvent issues de l'enfance, et à renforcer leur estime de soi. Sa philosophie est que si quelque chose ne convient pas, il faut le changer, même par de petits pas. Elle propose des séances de sophrologie en ligne, en français, anglais et espagnol, à un tarif plus abordable qu'en France, soit 35-40 €.
La question des visas en Thaïlande a été un défi. Elle a obtenu le visa DTV (Digital Nomad Visa) en suivant des cours de cuisine thaïlandaise, une alternative qu'elle a trouvée moins coûteuse que le "soft power médical" initialement envisagé, qui nécessitait des traitements médicaux coûteux et non remboursés. L'obtention de ce visa a été un processus long et complexe, nécessitant un séjour d'un mois au Vietnam pour les démarches auprès du consulat.
Son expérience au Vietnam a été très négative, notamment en termes d'accessibilité pour les personnes en fauteuil roulant. Elle a trouvé les Vietnamiens peu accueillants et même agressifs, contrastant fortement avec l'attitude des Thaïlandais. Elle a ressenti une "incompréhension inconsciente" de la part des locaux, l'amenant à dire "plus jamais" à l'idée de retourner au Vietnam, du moins dans des conditions similaires. Elle déconseille vivement l'usage des scooters au Vietnam, le considérant extrêmement dangereux, et même la circulation routière générale est périlleuse. Elle a eu peur pour sa vie à plusieurs reprises sur les routes vietnamiennes, où les automobilistes manquent de conscience de l'espace et de courtoisie envers les personnes en fauteuil roulant, contrairement aux Thaïlandais qui les respectent et les saluent.
Le projet initial d'Éléonor était de faire le tour du monde en fauteuil roulant pour montrer que c'était possible et pour explorer les origines de la sophrologie en Asie. Elle a commencé par Singapour, qu'elle décrit comme futuriste et très accessible dans ses quartiers modernes, bien que le quartier chinois soit un peu moins adapté. Elle a ensuite passé un mois en Thaïlande, où elle s'est sentie immédiatement bien, apaisée et en sécurité, un sentiment qu'elle qualifie de "vibe" et d'apaisement de l'âme. Elle a exploré diverses régions de Thaïlande, du nord au sud, utilisant différents modes de transport comme les taxis, les minivans, les avions et le train.
Après la Thaïlande, elle est allée en Inde, où elle a préféré être accompagnée d'une agence avec chauffeur et guide, car elle a ressenti une certaine insécurité, notamment dans les temples où elle a été sollicitée pour de nombreuses photos, ce qui a pu être oppressant. Elle a également passé du temps en Malaisie, où elle a eu des expériences négatives avec des hommes qui ont tenté de profiter de sa situation de vulnérabilité, un comportement qu'elle n'avait pas anticipé et qui l'a amenée à se remettre en question.
Son retour en France après son tour d'Asie a été difficile. Elle a ressenti une "morosité" ambiante, une frustration et un mal-être généralisés, contrastant avec l'énergie positive de la Thaïlande. Elle a pris conscience qu'elle ne pouvait plus supporter la mentalité française, qu'elle juge souvent négative et plaintive.
Éléonor a développé une application nommée "Amour sans filtre", destinée aux Français cherchant des relations avec des Thaïlandais, avec des fonctionnalités innovantes pour faciliter les rencontres.
Elle souhaite pour l'avenir continuer à voyager, développer son activité de sophrologie et accompagner davantage de personnes. Elle est reconnaissante pour les expériences vécues, qu'elles soient positives ou négatives, car elles lui ont appris énormément sur elle-même et sur le monde. Elle souligne que son fauteuil roulant, d'une valeur de 12 000 €, est un outil essentiel à sa vie et à son autonomie, et que son financement a été un combat. Elle a médiatisé son projet pour obtenir des fonds, notamment via des émissions de télévision. Son objectif est de transmettre un outil de mieux-être à ses clients, afin qu'ils deviennent autonomes.