
Strategy vend ses Bitcoins et c'est une excellente nouvelle
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Strategy a officiellement annoncé la possibilité de vendre du Bitcoin, suscitant la panique sur les réseaux sociaux. Cependant, cette information n'est pas nouvelle et était déjà présente dans les documents déposés auprès de la SEC. L'entreprise avait reconnu en avril dernier qu'elle pourrait être contrainte de vendre une partie de ses Bitcoins en cas de tensions extrêmes pour honorer ses obligations. Le CEO de Strategy, Fonglé, a précisé que même une croissance annuelle moyenne de 1,5 % du Bitcoin suffirait à garantir le paiement des dividendes, représentant une vente marginale. Cette possibilité était déjà évoquée par le conseil d'administration.
Contrairement à la perception générale, cette annonce n'est pas un aveu honteux, mais le déblocage d'une nouvelle source de création de valeur, présentée avec fierté par Fonglé. Strategy envisage d'activer de nouvelles stratégies, au-delà de son modèle initial qui consistait à vendre des actions MSTR ou STRC pour acheter du Bitcoin ou constituer une réserve en dollars. Désormais, l'entreprise prévoit de vendre des actions MSTR pour racheter de la dette (obligations convertibles), vendre du STRC pour constituer une réserve de trésorerie et racheter de la dette, et enfin, vendre du Bitcoin pour payer les dividendes et racheter de la dette.
Strategy poursuit deux objectifs principaux. Le premier est d'accumuler le plus grand nombre possible de Bitcoins, car Michael Sailor estime que la plus grande "Bitcoin Treasury Company" détiendra un capital de confiance colossal, lui conférant le droit de battre monnaie garantie par ses réserves. C'est pourquoi Sailor serait favorable à un gel des Bitcoins perdus, afin d'éviter qu'un acteur majeur ne les récupère et ne le dépasse. Le deuxième objectif, indispensable pour lever des fonds et atteindre le premier, est d'augmenter le nombre de Bitcoins par action pour ses actionnaires. C'est le rendement sur Bitcoin, ou "Bitcoin yield", que les investisseurs recherchent.
Le modèle économique de Strategy repose sur la conviction de Sailor que l'adoption de Bitcoin est inévitable, ignorant ainsi le risque d'échec d'adoption. Il fonde sa comptabilité sur une perspective à long terme (Bitcoin en 2040, pas en dollars de 2026), ce qui pousse les investisseurs à acheter des actions MSTR plus cher que la valeur intrinsèque du stock de Bitcoin détenu par Strategy (une "Mnave" de 27 % supérieure au moment de la rédaction). Les investisseurs paient cette prime car ils partagent la vision de Sailor d'un Bitcoin valant des millions de dollars et attendent de lui qu'il mette en œuvre toutes les stratégies pour accumuler des BTC à bas prix, augmentant ainsi le Bitcoin par action. Les pertes latentes en dollars n'inquiètent pas tant que le risque de liquidation forcée est écarté et que le nombre de Bitcoins par action augmente.
Chaque décision de Strategy – émettre des actions, émettre du STRC, vendre du Bitcoin, racheter de la dette – doit être évaluée selon deux critères : l'augmentation du nombre de Bitcoins par action et le risque de liquidation dû au coût des crédits.
L'émission d'actions MSTR est le moteur historique. Pour être "accrétive" (augmenter le nombre réel de Bitcoins par action), le prix de vente des actions doit être suffisamment élevé par rapport à la valeur des Bitcoins détenus. Le seuil réel d'accrétion n'est pas de 1 (Mnave), mais de 1,22 dans les conditions actuelles. Cette différence s'explique par la structure du bilan de Strategy, qui détient 8,2 milliards de dettes convertibles et 13,5 milliards d'actions préférentielles, soit 21 milliards de dollars d'obligations financières prioritaires sur les actionnaires MSTR. Ainsi, lorsqu'une nouvelle action MSTR est émise pour acheter du Bitcoin, la valeur du Bitcoin acheté est partagée avec ces créanciers seniors, diluant l'actionnaire ordinaire. Par exemple, vendre 1 milliard de MSTR avec une Mnave de 1 détruit 3956 Bitcoins de valeur pour les actionnaires. L'opération devient neutre ou bénéfique à partir d'une Mnave de 1,2 ou plus.
Le STRC (stretch) est un produit perpétuel offrant un rendement de 11,5 %. Contrairement aux actions MSTR, l'émission de STRC pour acheter du BTC ne dilue pas les actionnaires ordinaires, mais crée une obligation de dividende prioritaire et récurrente. Cet instrument est avantageux lorsque la Mnave est basse, permettant de lever du capital sans diluer les actionnaires et d'augmenter le Bitcoin par action. En janvier dernier, les émissions de MSTR représentaient 88 % des opérations "at the market", mais en avril 2026, elles ne représentent plus que 17 %, montrant un pivot vers le STRC.
La vente de Bitcoin est désormais envisagée pour payer les dividendes et les intérêts, qui s'élèvent à environ 1,5 milliard de dollars par an. Le calcul est simple : lorsque la Mnave est inférieure à 1,22, il est moins coûteux pour l'actionnaire de payer les dividendes en vendant des Bitcoins qu'en émettant des actions MSTR. Inversement, si la Mnave est supérieure à 1,22, l'émission d'actions est préférable. C'est un simple calcul de rendement de Bitcoin par action. De plus, la vente de Bitcoin peut être une optimisation fiscale. Strategy ayant acheté du Bitcoin à divers prix depuis 2020, elle peut choisir de vendre les lignes d'achat en moins-value pour cristalliser des pertes fiscales.
La crainte que la vente de Bitcoin érode la réserve est infondée. Strategy détient 64 milliards de dollars de Bitcoin pour une charge annuelle de 1,5 milliard de dollars. Le ratio de 2,3 % représente le rendement annuel minimum que Bitcoin doit afficher pour que les ventes ne réduisent pas la valeur de la réserve. Si Bitcoin progresse de 2,3 % par an, la réserve reste intacte ou progresse. Avec une performance annuelle de 30 % (hypothèse des projections de Strategy), l'appréciation de la réserve génère 19 milliards de dollars, rendant les 1,5 milliard de ventes insignifiants (8 % de cette création de valeur). Même si la machine s'arrête, tant que Bitcoin fait plus de 2,3 % par an, la réserve reste intacte. Historiquement, Bitcoin affiche 39 % annualisé depuis 2020. Les arguments contraires relèvent souvent d'une méconnaissance financière.
Le scénario où Strategy paie la totalité de ses dividendes en vendant du Bitcoin tout en continuant d'émettre du STRC pour acheter du Bitcoin est moins dilutif pour les actionnaires. Si Strategy ne fait rien d'autre que vendre du Bitcoin pour ses dividendes, elle perdrait 18 992 Bitcoins par an. Cependant, dès que les émissions de STRC représentent plus de 2,3 % des réserves en Bitcoin, l'équilibre est atteint, et le stock de BTC peut continuer de croître. Strategy a récemment émis 1,5 milliard de STRC en deux jours, avec un objectif annuel de 10 à 20 % des réserves, soit une accumulation nette de 62 800 à 144 675 Bitcoins, même en vendant pour les dividendes. Le nouveau mantra de Sailor est d'être un "acheteur net" de Bitcoin.
Cette stratégie n'est pas une trahison pour les actionnaires MSTR, mais une exécution fidèle du contrat implicite depuis août 2020 : une exposition amplifiée au Bitcoin grâce à un bilan d'entreprise utilisant la dette et les actions préférentielles comme levier. Depuis 2020, Bitcoin a fait +550 % et l'action MSTR +133 %, soit 2,5 fois la performance de Bitcoin. En 2025, le "Bitcoin yield" a été de 22,8 %, et de 9,4 % sur les quatre premiers mois de 2026. L'exécution de Strategy devient de plus en plus prépondérante dans le succès à long terme du modèle.
Les simulations de Strategy reposent sur une hypothèse de performance annuelle de Bitcoin de 30 %. Bien que le modèle puisse fonctionner avec une croissance de 2,3 %, des performances durablement inférieures affecteraient les projections de Bitcoin par action. Actuellement, le Bitcoin par action est en hausse, la Mnave est à 1,3 (au-dessus du seuil de 1,22), et le ratio charge financière annuelle/réserve de Bitcoin s'améliore. Tant que ces indicateurs sont positifs, il n'y a pas de raison objective de s'inquiéter.
Une autre bonne nouvelle est l'émission de STRC pour racheter les premières obligations convertibles. C'est un arbitrage intelligent. Les obligations convertibles, héritage de la première phase de développement, sont moins élégantes car elles ont une maturité (risque de "mur de la maturité" et de liquidation) et contiennent une option de conversion qui dilue les actionnaires MSTR sans ajouter de Bitcoin au bilan. Racheter ces obligations avec le STRC, une dette perpétuelle sans appel de marge (ce qui est un génie financier), supprime ce risque de dilution future. Le STRC coûte plus cher en dividende (11,5 % contre 0,42 % de coupon), mais ne se convertit jamais en actions ordinaires. C'est également une bonne nouvelle pour les porteurs d'actions préférentielles, car la réduction de la dette convertible améliore leur position en cas de pépin. Le scénario de liquidation totale (Bitcoin à -90 %, soit 8000 dollars pendant plusieurs années) reste improbable et ne serait pas automatique.
L'impact de Strategy sur le prix de Bitcoin est marginal. La charge annuelle de 1,5 milliard de dollars, si elle était entièrement payée en Bitcoin sans émission de ST