
L'ETF monde ULTIME existe déjà — il s'appelle Bitcoin
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L'économie, l'énergie et la monnaie sont les trois facettes d'une même réalité. L'économie est fondamentalement de l'énergie transformée, car toute activité de transformation nécessite une dépense énergétique. Un système sans énergie est inerte. La productivité économique annuelle, d'environ 1%, représente les gains d'efficacité énergétique au fil du temps.
La monnaie est une convention humaine, un outil pour faciliter les échanges et le stockage de valeur. Sa fonction principale n'est pas d'avoir une valeur intrinsèque, mais d'être une unité de mesure homogène qui reflète la richesse en circulation. Dans un monde avec une monnaie unique, sa valeur serait égale à la totalité des richesses existantes. Les économistes classiques, comme John Stuart Mill, considéraient la monnaie comme un "voile monétaire", un intermédiaire neutre qui n'altère pas les relations économiques réelles.
Une monnaie universelle ne doit pas avoir de valeur d'usage propre (comme l'or ou l'argent qui ont des applications industrielles), car cela parasiterait sa fonction de reflet de la valeur des biens et services. L'argent, par exemple, est une mauvaise monnaie en raison de sa forte valeur industrielle, qui rend sa stabilité difficile. Bitcoin, en revanche, est considéré comme une meilleure monnaie car il n'a pas d'usage physique concurrent et sa valeur repose entièrement sur son rôle monétaire et l'utilité de son réseau décentralisé pour stocker et transférer de la valeur. Il est "inutile" en soi, ce qui est un avantage pour une monnaie.
Historiquement, deux types de monnaies se sont développés : les monnaies centralisées (fiat) liées à un souverain (comme le dollar américain) et les monnaies consensuelles universelles, qui émergent de manière décentralisée via un "point de Schelling". Un point de Schelling est un consensus qui se forme lorsque des participants, avec des informations limitées, doivent anticiper les choix des autres. L'or a longtemps été un point de Schelling monétaire universel.
Une bonne monnaie doit idéalement remplir deux fonctions : refléter fidèlement la valeur des biens et services (ne servant à rien d'autre) et être un moyen d'échange pratique. L'or, bien qu'imparfait (difficile à transporter et à auditer), a été le moins mauvais support monétaire jusqu'à présent grâce à ses caractéristiques techniques. Bitcoin est présenté comme le "top de la monnaie" actuelle car il est inutile en tant que tel, s'échange facilement à faible coût, s'audite parfaitement, et sa quantité est limitée.
Les États ont développé leurs propres monnaies fiat pour deux raisons principales. La première, moins honorable, est de capter une partie de la croissance économique sans prélever directement des impôts. En augmentant la masse monétaire, l'État dilue progressivement le pouvoir d'achat de la monnaie existante, ce qui équivaut à un prélèvement indirect. Cette "euthanasie du rentier", selon Keynes, permet de régler les dettes de l'État. En cas de besoin, les gouvernements peuvent imprimer de la monnaie, ce qui est une forme de fiscalité très raffinée pour eux.
La deuxième raison, plus honorable, est de maximiser la création de richesse économique et d'éviter les récessions. Les systèmes monétaires adossés à un étalon fixe (comme l'or) ont souvent conduit à des crises économiques graves, voire des famines, lorsque la monnaie venait à manquer pour les échanges. La capacité d'émettre de la monnaie permet de débloquer les échanges en période de pénurie de liquidité, comme l'a montré la crise grecque de 2012 où des monnaies locales ont émergé pour pallier l'immobilité de l'euro.
Le dollar américain a progressivement remplacé l'or comme point de Schelling monétaire mondial après 1945, bénéficiant aux États-Unis et, dans une moindre mesure, au reste du monde. Cependant, la crise de 2008 a révélé les limites de ce système. Le paradoxe de Triffin explique pourquoi la monnaie d'un pays ne peut pas durablement être la monnaie du monde : pour fournir suffisamment de liquidité mondiale, le pays émetteur doit accumuler des déficits extérieurs, ce qui affaiblit sa monnaie et érode la confiance.
Dans le monde actuel, les distances sont abolies par le voyage et Internet, permettant aux individus et aux entreprises d'opérer globalement. Les prérogatives des États souverains sont ainsi remises en question, car ils sont en concurrence avec d'autres modèles fiscaux et administratifs.
Bitcoin, en tant que monnaie décentralisée émergeant comme un point de Schelling monétaire, a le potentiel de devenir l'étalon monétaire mondial. Cependant, l'utiliser comme monnaie du quotidien pourrait recréer les problèmes des monnaies étalons-or passées. Une approche plus intelligente serait de combiner le meilleur des deux mondes : Bitcoin comme étalon de valeur mondial incontesté, et des monnaies fiat émises par les États dont la valeur serait adossée aux réserves de Bitcoin. Cela permettrait de conserver une masse monétaire variable pour produire du crédit tout en garantissant la valeur de la monnaie par les stocks de Bitcoin. Ce modèle, qui a déjà existé sous la forme d'instituts de réserve amassant de l'or, est envisagé par des entreprises comme MicroStrategy de Michael Saylor, qui émettent de la monnaie papier (crédit ou actions) adossée à leurs réserves de Bitcoin.
Si Bitcoin devient l'étalon de valeur mondial, il représenterait une grande partie de la richesse mondiale. Sa valeur serait le produit de la richesse mondiale et du facteur d'adoption. Avec une offre déflationniste (due aux pertes de clés et au gel par des entreprises), la valeur d'un Bitcoin serait constamment "reluée" par rapport à la valorisation totale.
Dans un monde avec une monnaie unique à quantité fixe, investir en bourse dans des entreprises pourrait sembler moins pertinent, car la monnaie universelle agirait comme un ETF mondial. L'or a historiquement suivi la valeur des marchés actions sur le long terme, mais son offre croissante et ses cycles de valeur diluent sa performance. Bitcoin offre un outil plus adapté pour refléter la valeur.
L'investissement personnel de l'auteur alloue un tiers de son portefeuille à Bitcoin, considérant qu'il offre le meilleur rendement ajusté au risque à long terme. Bitcoin est un levier de croissance puissant grâce à son adoption, sa rareté croissante et sa financiarisation par Wall Street. Sa croissance fondamentale est estimée à environ 10% par an (similaire au S&P 500), à laquelle s'ajoutent les effets de l'adoption et la contraction de l'offre.
Pour accumuler des Bitcoins, l'auteur propose une stratégie de deux activités opérationnelles à forte croissance et décorrélées de Bitcoin, générant des flux de trésorerie pour alimenter les réserves de Bitcoin. Cette décorrélation des risques permet d'augmenter la performance sans augmenter le risque global, facilitant l'accumulation de Bitcoin quel que soit son prix.