
Le coup de fil qui a ruiné UN MILLION de coréens
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En un mois, la Corée du Sud a perdu un tiers de son marché boursier, soit plus de 2000 milliards de dollars. Ce krach n'a surpris personne, un Sud-Coréen sur 30 en âge de travailler ayant reçu un appel de marge, se retrouvant avec des dettes supérieures à leurs investissements. Le COSPI, l'indice boursier des grandes sociétés coréennes, a triplé en six mois avant de devenir plus volatil que le Bitcoin, après quinze ans de stagnation.
Le COSPI est un indice peu diversifié, avec environ 50% de sa capitalisation reposant sur deux entreprises : Samsung et SK, toutes deux actives dans les semi-conducteurs. Historiquement, le COSPI est resté stable de 2008 à 2023, ce qui a poussé de nombreux investisseurs coréens, surnommés les "fourmis", à se tourner vers les actions américaines, devenant les deuxièmes plus gros acheteurs d'actions américaines après les Américains eux-mêmes.
Parallèlement, la Corée a connu un "miracle de la rivière Han", une explosion du marché immobilier après la guerre des Corées dans les années 1950. Cette reconstruction a enrichi une génération qui a pu acheter des biens immobiliers à bas prix, créant une disparité énorme avec les jeunes générations actuelles qui peinent à accéder à la propriété. Cette frustration des jeunes face aux inégalités de richesse, exacerbée par la hausse des prix de l'immobilier, a alimenté un désir de gains rapides sur les marchés boursiers.
Un autre facteur clé de l'explosion du COSPI est l'essor de l'intelligence artificielle (IA) et la concentration de la Corée du Sud dans le matériel nécessaire à l'IA, notamment les semi-conducteurs. Le gouvernement sud-coréen a d'ailleurs lancé un plan d'investissement massif de 880 milliards de dollars dans ce secteur, bénéficiant principalement à Samsung et SK.
Cette convergence de facteurs a transformé un marché stable en un marché volatil. Le COSPI est passé de 2000 à 7000 points en moins d'un an (juin 2025 à mai 2026), attirant les petits investisseurs désireux de compenser l'inaccessibilité de l'immobilier. Le marché coréen, dominé par la tech et les semi-conducteurs, a enregistré une performance stratosphérique de 56% au 31 juillet 2026.
Cependant, cette frénésie a conduit à une bulle, caractérisée par un départ lent, une attention médiatique croissante, un enthousiasme des acheteurs, une volonté de gain dangereuse, puis des ventes initiales perçues comme une respiration du marché, avant l'abandon final.
Un élément désastreux a été l'autorisation des ETF à effet de levier sur des actions individuelles. Ces ETF permettent d'emprunter pour investir, amplifiant les gains mais aussi les pertes. Par exemple, un ETF "Samsung x3" amplifie par trois les variations quotidiennes de l'action Samsung. Le "beta slippage", un principe financier souvent oublié, signifie qu'après une baisse, il faut une hausse plus importante pour revenir au niveau initial. Avec un levier, cet effet est exacerbé, entraînant des pertes significativement plus importantes pour le même mouvement de l'indice.
Des personnalités politiques ont également contribué à la FOMO (peur de manquer une opportunité), comme le président qui a annoncé vendre son appartement pour investir dans des ETF. Cela a encouragé des jeunes, privés d'accès à l'immobilier, à se lancer dans des investissements risqués. Des témoignages d'investisseurs ayant transformé des milliers d'euros en centaines de milliers grâce à un levier de x4 avant de tout perdre illustrent la puissance de l'avidité ("grid") qui a aveuglé de nombreux participants. L'indice Fear & Grid sur le COSPI atteignait 71 en mai 2026, signe d'une "grid" extrême.
L'éclatement de la bulle a été précipité par la concurrence chinoise dans les puces DUV, affectant les résultats de SKX et entraînant une baisse de son cours. La chute de 8% du COSPI a provoqué des suspensions de séances boursières, une mesure rare visant à calmer le marché. Cependant, ces suspensions n'ont pas empêché les appels de marge.
Le mécanisme d'appel de marge est simple : si la valeur du portefeuille tombe en dessous d'un certain seuil (par exemple, 66% pour un emprunt de 50%), l'investisseur doit soit remettre de l'argent, soit ses positions sont liquidées automatiquement. Dans le cas des ETF à effet de levier, la liquidation est souvent automatique, forçant les investisseurs à vendre au pire moment, ce qui amplifie encore la baisse de l'indice. Cet effet de cascade a été observé sur le COSPI.
Un cas similaire a touché un fonds professionnel américain, "Situational Awareness", spécialisé dans l'IA, qui a perdu 67% de son portefeuille à cause d'un effet de levier excessif et a été racheté par Citadel. Comme le dit Rose Gerber, "l'effet de levier vous tuera et vous enterrera".
En Corée du Sud, plus de 1,2 million de comptes à effet de levier ont été concernés au 13 juillet. Des hauts responsables politiques se sont excusés d'avoir autorisé des ETF à effet de levier sur des actions individuelles, reconnaissant le risque de non-diversification.
Les conséquences sont dramatiques : la volatilité du marché coréen est aujourd'hui plus élevée que celle du Bitcoin (63% au 31 juillet), détruisant des économies et des vies. Des personnes sans expérience, ayant investi leurs économies pour un futur bien immobilier, se retrouvent ruinées.
La pyramide patrimoniale, qui recommande de commencer par un matelas de sécurité, puis l'immobilier, les ETF diversifiés, les actions, la crypto et enfin les actifs alternatifs, met en lumière le danger des ETF à effet de levier sur actions individuelles. Ces derniers devraient être classés dans les actifs alternatifs, car ils relèvent davantage du pari que de l'investissement à long terme, en raison du beta slippage et de la volatilité extrême.
En conclusion, cette débâcle a dégoûté toute une génération de Coréens des marchés financiers, les privant potentiellement d'un avenir meilleur en privilégiant le gain facile et rapide au détriment d'un effort d'investissement à long terme.