
LINDA PERRY: “The ’90s Killed the ROCK STAR” + New Album Breakdown with Dave Way
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Linda Perry, artiste aux multiples facettes, connue pour son parcours avec Four Non-Blondes, sa carrière solo et son rôle de productrice et auteure pour des artistes renommés, revient avec un nouvel album solo après 30 ans. Ce projet, « Let It Die Here », est né en partie d'un documentaire sur sa vie, réalisé par Don Hardy.
Perry explique qu'elle n'a jamais eu de plan précis pour sa carrière, naviguant plutôt par intuition. Cette approche intuitive, axée sur la création et la pensée à long terme, l'a guidée dans ses choix, y compris ceux concernant les artistes avec lesquels elle a travaillé. Elle exprime un malaise face à la tendance actuelle de l'industrie musicale à vouloir que tout le monde sonne pareil, une aversion pour les productions trop parfaites, auto-tunées et surchargées de voix. Elle privilégie l'émotion et l'authenticité, trouvant que cette approche est devenue rare.
Elle évoque la période des années 90, qu'elle considère comme une époque où le « rock star » a été « tué », remplacé par une esthétique plus décontractée et moins héroïque, en réaction au perfectionnisme des années 80. Bien qu'elle reconnaisse la créativité des années 80, elle estime que les années 90 ont vu l'émergence de figures féminines fortes et rebelles, comme Courtney Love, qui ont redéfini le rôle de la femme dans le rock. Four Non-Blondes se situait à la frontière entre le rock et l'alternatif, avec une identité sonore difficile à cerner mais portée par une voix distinctive.
Le documentaire sur sa vie a débuté alors qu'elle travaillait sur la musique du film « Citizen Penn », consacré au travail humanitaire de Sean Penn en Haïti. Le réalisateur, Don Hardy, intrigué par son processus créatif, a commencé à la filmer. Durant cette période, Perry a traversé des épreuves personnelles, notamment la maladie puis le décès de sa mère, tout en luttant contre un cancer du sein et une crise identitaire. C'est dans ce contexte qu'elle a commencé à écrire pour elle-même, une démarche qu'elle n'avait pas entreprise depuis longtemps. La mort de sa mère a été un catalyseur majeur pour l'album. Elle a ressenti le besoin de « jammer » avec un groupe, une séance qui a pris une tournure orchestrale inattendue avec l'ajout de cordes et de chœurs. Cette expérience a abouti à la composition de « What Lies With You », la première chanson de l'album, marquant le début de sa reconnexion avec sa propre expression artistique. L'album « Let It Die Here » est ainsi né de cette introspection forcée, axé sur le lâcher-prise du traumatisme et de l'information inutile, permettant à l'individu de se réaffirmer dans sa vulnérabilité. Elle a composé l'intégralité de l'album en trois semaines.
Perry explique son implication dans l'ingénierie et la production, une démarche née par nécessité et par désir de survie. Elle a été insatisfaite du son de l'album de Four Non-Blondes, qu'elle trouvait trop fin et poli, ne reflétant pas l'énergie brute du groupe. À 24 ans, elle a tenté de comprendre les choix de production, réalisant que le son de sa guitare était altéré. Cette expérience l'a poussée à acheter du matériel et à apprendre par elle-même, notamment grâce à l'aide de Bill Bottrell qui lui a enseigné les bases de l'enregistrement. Elle a acquis du matériel coûteux, parfois basé uniquement sur son esthétique visuelle, avant de comprendre leur valeur et leur fonctionnement.
Elle compare son approche à celle d'autres musiciens qui se cachent derrière des références externes, soulignant l'importance de l'intuition et de la découverte authentique. Elle déplore la tendance actuelle où les jeunes artistes apportent des références à leurs producteurs, tuant ainsi l'exploration et l'originalité. Elle préfère travailler avec des artistes qui cherchent à se démarquer plutôt qu'à s'intégrer dans des moules préétablis.
Perry se décrit comme une « mama bear » protectrice de la musique, intervenant lorsqu'elle perçoit une dérive vers la perfection artificielle ou un manque d'inspiration créative, qui, selon elle, est le véritable problème, plutôt que l'intelligence artificielle. Elle critique le modèle des maisons de disques actuelles, axées sur les chiffres et les algorithmes, et regrette l'absence de musiciens à la tête de ces structures.
L'album « Let It Die Here » est un concept album explorant le thème de la guérison et du lâcher-prise, inspiré par sa mère. Les chansons sont variées, certaines explorant des sons différents, comme la voix plus « wimpy » sur « Boa Park » ou la transformation de « Sunday Best » d'une ballade country en un morceau plus exubérant. Le morceau « Albatross », écrit sans comprendre pleinement la signification du mot, s'est révélé être une métaphore du port d'un fardeau.
La production de l'album a été un processus intense où Perry a endossé plusieurs rôles : compositrice, productrice, ingénieure du son et artiste. Elle souligne la difficulté de maintenir la concentration sur la chanson tout en jonglant avec ces différentes casquettes. Elle a dû s'imposer face à son propre désir de perfectionnisme, le producteur en elle voulant ajouter des éléments (comme le thérémine sur « Boa Park »), tandis que l'artiste aspirait à une simplicité plus brute. Elle se montre plus indulgente envers elle-même qu'elle ne le serait envers d'autres artistes qui manqueraient de professionnalisme ou de passion.
Elle évoque sa collaboration avec Dolly Parton, soulignant leur éthique de travail similaire et leur capacité à écrire rapidement de nombreuses chansons. La production de l'album a impliqué des enregistrements variés, y compris des cuivres enregistrés « à la volée » sans partitions, et des cordes enregistrées à Nashville. L'utilisation de vrais instruments, comme les cordes, est mise en avant comme un élément crucial pour l'authenticité du son.
Perry insiste sur l'importance de l'émotion et de la vulnérabilité dans sa musique, rejetant l'idée d'une production trop polie. Elle explique que le mixage par Dave Weey a été essentiel pour préserver cette authenticité, Dave ayant su capter l'intention émotionnelle des morceaux sans imposer sa propre signature sonore. Elle décrit son approche du mixage en Atmos et en stéréo, travaillant simultanément pour optimiser l'expérience sonore sur différents formats.
Le morceau « What Lies With You » est particulièrement évoqué comme le point de départ de l'album, écrit une nuit avant une séance d'enregistrement. Perry y exprime sa douleur et son deuil, et la performance vocale est décrite comme particulièrement brute et émouvante. Elle a insisté pour que sa voix, même dans ses moments de fragilité, soit mise en avant dans le mixage.
Elle critique la tendance actuelle où le processus d'enregistrement devient le processus d'écriture, privant les chansons de leur aspect performatif et émotionnel. Elle a testé les chansons de l'album en live avant de les enregistrer, ce qui lui a permis de les ajuster en fonction des réactions du public. Elle souligne que la force d'une chanson réside dans sa capacité à être jouée simplement, sur un piano ou une guitare acoustique, les arrangements supplémentaires étant des bonus.
Enfin, elle exprime sa gratitude envers Dave Weey pour son travail de mixage, qui a su respecter l'intégrité émotionnelle de l'album. Elle souligne l'importance de faire confiance aux bonnes personnes tout au long du processus de création, de l'enregistrement au mastering, afin de produire une œuvre authentique et impactante. Elle espère que son album, bien que « conséquent », touchera un public sensible à la musique et à la production de qualité.