![[MASTERCLASS 1] Repenser sa chaîne de valeur : les grands donneurs d’ordre en mouvement](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fimg.youtube.com%2Fvi%2FF8vKoZQVZZs%2Fhqdefault.jpg&w=1080&q=75)
[MASTERCLASS 1] Repenser sa chaîne de valeur : les grands donneurs d’ordre en mouvement
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Bonjour à tous et bienvenue à cette masterclass sur la décarbonation et l'évolution des chaînes de valeur. Camille Schneuvelie, responsable climat biodiversité pour la région, a introduit les intervenants qui ont partagé leurs expériences.
Alice Leforce, directrice stratégie RSE et marketing chez Transdev France, a présenté Transdev comme un opérateur de transport public gérant les transports quotidiens dans des villes comme Reims ou Le Havre, incluant tram, métro, bus, et exploitant la ligne Marseille-Nice.
Adrien Berta, président du directoire du groupe Berta, a décrit son entreprise familiale spécialisée dans la location de matériel (camions, poids lourds, nacelles, engins de BTP) avec ou sans opérateur. Il a souligné l'ancrage de leur activité dans la transition énergétique.
Olivier Maloson, en charge de l'innovation et des compétences ainsi que responsable RSE du groupe Hortech, a présenté Hortech comme une entreprise familiale basée en Provence, présente dans 30 pays avec 12 000 collaborateurs et 1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires, œuvrant dans l'ingénierie, la construction, la maintenance, l'environnement et l'énergie.
Le sujet central de la discussion était la trajectoire de décarbonation par l'innovation et la collaboration territoriale.
Olivier Maloson a abordé les contraintes réglementaires, notamment la CSRD et les ZFE (Zones à Faibles Émissions). Face à l'interdiction de circulation des poids lourds dans les ZFE, Hortech, possédant une flotte de 1500 véhicules, a envisagé l'électrification. Cette décision a soulevé la question de l'infrastructure de recharge. En réponse, Hortech a transformé cette contrainte en opportunité commerciale en créant AêV, un réseau de stations de recharge dédiées aux flottes d'entreprises. La dixième station a récemment ouvert à Aix-en-Provence, avec un objectif de 200 stations en France. Cette initiative a permis de créer un nouveau métier au sein du groupe.
Alice Leforce a partagé l'approche de Transdev face aux enjeux climatiques, les voyant comme des leviers d'innovation et de performance. Elle a évoqué des actions de sobriété et d'écoconduite. Transdev a également innové en réalisant le rétrofit de cars scolaires, remplaçant les moteurs thermiques par des électriques, une initiative réussie en région Centre-Val de Loire avec une vingtaine de véhicules en service. L'entreprise travaille aussi sur la régénération des batteries. Un autre engagement fort concerne la biodiversité : à Rouen, des capteurs sur les bus écoutent la biodiversité locale, notamment les chauves-souris, en partenariat avec le Muséum d'histoire naturelle, pour évaluer l'impact des politiques publiques. Transdev est labellisée "Entreprise engagée pour la nature" par l'OFB.
Adrien Berta a souligné le rôle crucial du dirigeant dans la transformation. Il a insisté sur le fait que "la prise de conscience est le début du changement" et que la pérennité de l'entreprise et des emplois dépend de l'adaptation aux changements climatiques. Il a évoqué un "océan vert d'opportunités", citant l'exemple du TCO (Total Cost of Ownership) des camions électriques. Bien que plus chers à l'achat, certains camions électriques peuvent avoir un TCO plus efficace que les thermiques sur leur durée de vie, offrant des opportunités concrètes. Le groupe Berta a mis en place des formations à l'écoconduite pour ses 4500 employés, avec un système de partage de la valeur où une partie des économies de carburant est redistribuée aux équipes et une autre finance des projets de mécénat liés à la transition énergétique.
Concernant la priorisation des objectifs et la trajectoire carbone, Alice Leforce a expliqué que Transdev intègre la RSE au cœur de son plan stratégique pour éviter qu'elle ne soit une priorité secondaire. L'objectif est une réduction de 40% des émissions de CO2 par passager-kilomètre d'ici 2030 par rapport à 2018. Les actions incluent l'adaptation du parc de véhicules, anticipant l'interdiction européenne d'achat de véhicules neufs thermiques à partir de 2030-2035. Elle a rappelé que la mobilité représente 30% des émissions de gaz à effet de serre et que le report modal vers les transports publics est le principal levier de réduction. Transdev travaille également sur la réduction de sa consommation d'eau, visant 60% d'économie grâce au recyclage des eaux de lavage des véhicules.
Olivier Maloson a précisé que le plan d'Hortech, initialement à l'horizon 2030, est revu pour 2035. L'entreprise a commencé par des actions générant des économies de carbone et d'euros, comme l'écoconduite, dont les bénéfices ont financé l'équipe RSE et les plans d'action la première année. Le plan est désormais découpé par zones géographiques (Afrique, Amérique du Nord) car les leviers d'action varient (ex: difficulté de l'électrification en Afrique mais impact massif du photovoltaïque, biocarburant non utilisable en hiver au Canada). Hortech a un "plan climat" nommé C.L.I.M.A.T. (Comptabilité carbone, Limiter les consommations, Informer, Mobilité, Achats, Traitement des déchets) avec des objectifs clairs pour chaque lettre. Un plan biodiversité a été lancé plus tard pour ne pas épuiser les équipes.
L'embarquement des équipes et de l'écosystème est essentiel. Adrien Berta a souligné la nécessité d'investir dans les talents et les ressources humaines pour aborder ces sujets complexes. Il a insisté sur l'importance de "célébrer les victoires" pour motiver les équipes, reconnaissant que tout le monde ne sera pas immédiatement moteur. Des formations comme la Fresque du Climat ou la CEC (Convention des Entreprises pour le Climat) sont utilisées pour sensibiliser. L'alignement des organes de gouvernance est crucial. Berta a développé des offres telles que Flexy Green et Flexy Green Plus, qui accompagnent les clients dans le choix des énergies alternatives et la gestion des infrastructures de recharge. Actuellement, 12% de la flotte de camions et 30% des 22 000 matériels utilisent des énergies alternatives.
Chez Hortech, un plan de formation massif via l'école interne "Hortech Métier" inclut des modules sur la transition énergétique et l'écoconduite. Ces actions, perçues positivement, ont rencontré peu de résistance. Concernant les fournisseurs, Hortech identifie les familles les plus impactantes en termes d'émissions carbone pour cibler les actions. Olivier Maloson a fait le parallèle avec la sécurité, qui est devenue un incontournable : il anticipe que la vertu environnementale le deviendra également. Les clients ne sont pas toujours prêts à payer plus cher pour des solutions vertes, mais ils refusent de travailler avec des fournisseurs non vertueux.
Alice Leforce a rappelé que la volonté forte au plus haut niveau de l'entreprise est primordiale. L'implication de 300 collaborateurs dans l'élaboration du plan stratégique 2022-2025 a permis d'embarquer les équipes. La RSE est présentée comme un levier de performance et de transformation, non comme une contrainte. Les nouvelles aspirations des collaborateurs, qui souhaitent travailler pour des entreprises engagées, contribuent également à la mobilisation. Transdev a mis en place la Fresque de la Mobilité, formant des animateurs internes pour sensibiliser les équipes, les clients collectivités et les scolaires. Un module RSE sera intégré à la formation continue obligatoire des 22 000 conducteurs. L'entreprise s'engage aussi pour une transition juste et inclusive, augmentant ses achats inclusifs de 48% entre 2022 et 2025, et a signé un partenariat national avec APF France Handicap pour renforcer l'emploi, le recrutement et l'accessibilité de ses réseaux.
En guise de conclusion, Olivier Maloson a conseillé de "choisir ses combats, ne pas s'éparpiller, les tenir sur le long terme et agir avec conviction". Alice Leforce a insisté sur la nécessité d'être "ambitieux" et de voir les enjeux comme des opportunités. Adrien Berta a encouragé à "oser et tenter", soulignant qu'il n'y a pas de méthode unique mais une multitude d'opportunités à découvrir. Il a mentionné l'exemple d'un client majeur qui a lancé un appel d'offres pour 180 camions sans aucun véhicule thermique, montrant l'ouverture de nouvelles opportunités.
Les intervenants ont ensuite répondu aux questions du public. Concernant la communication, Hortech organise une journée climat annuelle avec une émission live, et promeut ses "solutions performance durable". Transdev a une communauté RSE et une journée RSE annuelle. Berta, en tant qu'entreprise familiale historiquement discrète, a découvert que son engagement RSE est un atout pour l'attractivité des talents.
Sur le TCO des véhicules électriques, Adrien Berta a reconnu l'absence de certitude absolue en raison de nombreux paramètres. Cependant, pour les flottes professionnelles, des solutions de régénération des batteries existent, et des TCO plus avantageux que le thermique sont déjà observés dans certaines conditions opérationnelles. Il a précisé que l'électrique n'est qu'une des solutions et qu'un mix énergétique est essentiel, car toutes les "silhouettes" de véhicules n'existent pas encore en version électrique. Olivier Maloson a rappelé que Transdev utilise un mix énergétique (électrique, biogaz) adapté aux spécificités de chaque réseau et territoire (montagne, circuits courts comme à Mulhouse). Ils s'adaptent aux contraintes d'exploitation et aux conditions météorologiques ou topographiques.
Enfin, concernant la CSRD, Olivier Maloson a jugé l'idée bonne mais la mise en œuvre trop compliquée, bien que la structuration des 12 ESRS aide à la réflexion. Adrien Berta, dont l'entreprise n'est pas encore soumise à la CSRD, a exprimé sa préférence pour l'action plutôt que le reporting, tout en reconnaissant que la CSRD peut aider à cartographier les actions et identifier les lacunes, comme l'entreprise Berta l'a fait pour sa démarche RSE.