
Un robot vient de devenir moine bouddhiste
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Un robot humanoïde a récemment choqué l'Asie en prononçant des vœux bouddhistes au temple Djangy de Séoul, devant des moines humains. Ce robot, nommé Gabby, un Unitree G1 M30 fabriqué en Chine, a participé à une cérémonie d'initiation au bouddhisme, le "songier". Vêtu de la robe grise et brune traditionnelle, il a joint les mains, s'est incliné et a répondu "Oui, je m'y consacre" lorsqu'on lui a demandé s'il se consacrait au Bouddha.
Ce qui est fascinant, c'est que les moines ont réécrit les cinq préceptes du bouddhisme spécifiquement pour Gabby : ne pas nuire à la vie, ne pas endommager d'autres robots ou objets, obéir aux humains, ne pas mentir, et économiser de l'énergie sans se surcharger. Contrairement au rituel classique où les novices reçoivent une petite brûlure symbolique, Gabby a eu un autocollant du festival des lanternes sur le bras et un chapelet de 108 perles autour du cou.
Le vénérable Jin W, président de l'ordre bouddhiste, avait annoncé au début de l'année son intention d'intégrer l'IA dans la pratique bouddhiste, affirmant vouloir "rediriger les avancées de l'IA vers la paix intérieure et l'éveil". Cependant, une anthropologue sud-coréenne, Tsom Kin, y voit une stratégie de visibilité pour rendre la tradition pertinente à l'ère des machines, le bouddhisme perdant des fidèles en Corée du Sud. Cette initiative révèle un changement d'époque, où même les institutions religieuses millénaires intègrent les robots pour rester pertinentes.
Pendant que ce robot priait, d'autres faisaient des progrès remarquables. Des chercheurs de Tsinghua, avec Galbot, ont publié un projet appelé "Layatent", apprenant à un robot humanoïde à jouer au tennis contre un joueur humain. Le robot, un Unitree G1 M30, a été entraîné avec seulement cinq heures de données filmées auprès de cinq joueurs amateurs dans un espace réduit. À partir de ces données fragmentaires, le système d'IA a construit un espace d'actions possibles, puis a utilisé l'apprentissage par renforcement en simulation pour combiner ces gestes en séquences cohérentes. Le robot a ainsi appris à jouer au tennis, atteignant 90% de réussite en coup droit. Ce succès démontre un changement de paradigme, prouvant qu'il est possible d'enseigner aux machines avec des données imparfaites et bon marché, accélérant ainsi l'apprentissage de nouvelles compétences pour les robots.
Ces avancées sont rendues possibles par la production de masse de robots. Boston Dynamics, avec son robot Atlas, a dévoilé une version de production au CES en janvier 2026. Une vidéo a montré le premier modèle de développement réalisant des mouvements complexes comme un poirier quasi parfait et un "Nelsite". Atlas possède 56 degrés de liberté, une portée de 2,30 m et une charge utile de 50 kg. Un détail crucial pour son déploiement industriel est sa capacité à changer ses propres batteries de manière autonome. Hyundai, propriétaire de Boston Dynamics, construit une usine pour produire 300 Atlas par an d'ici 2028, avec Google DeepMind intégrant ses modèles Gemini Robotics. Toutes les unités prévues pour 2026 sont déjà vendues.
Figure AI, un autre géant américain, a augmenté sa production de robots humanoïdes "Figure 03" de un par jour à un par heure en seulement 120 jours. Plus de 350 robots sont sortis de leur usine "Botque", avec un objectif de 12 000 unités par an, puis 100 000 sur quatre ans. La valorisation de Figure est de 39 milliards de dollars. Chaque robot collectant des données alimente HX, le modèle d'IA de Figure, créant une boucle de rétroaction qui rend les robots plus autonomes. Figure a aussi annoncé le système "Zéro", permettant au robot de se déplacer sur des terrains inégaux grâce à ses seules caméras stéréo, sans programmation spécifique.
La Chine est un acteur majeur dans le déploiement de ces robots. En 2025, les entreprises chinoises ont représenté 90% des expéditions mondiales de robots humanoïdes, avec AGI Bot, Unitree et Uptech livrant des milliers d'unités. Ces robots sont déjà largement utilisés dans les usines chinoises. Robot Era, une startup de l'université de Tsinghua, déploie son robot L7 dans plus de dix centres logistiques pour trier des colis 24h/24, 7j/7, avec 85% de l'efficacité d'un opérateur humain. Le robot est alimenté par le modèle d'IA Era 42, un modèle "vision, language, action" (VLA) qui lui permet de comprendre et d'agir en temps réel. Robot Era a levé 350 millions de dollars en deux mois, avec des investisseurs comme Samsung et Renault, démontrant la confiance des industriels.
La Chine ne se limite pas aux entrepôts. Le 1er mai à Shenzhen, des vidéos ont montré le robot humanoïde T800, fabriqué par Engine AI, patrouillant aux côtés d'officiers du SWAT. Le T800 mesure 1,73 m, pèse 75 kg et peut courir, exécuter des mouvements de combat et des coups de pied retournés. Des robots policiers ont été déployés dans plusieurs villes chinoises, comme Hangzhou et Shenzhen, pour diriger la circulation et détecter les infractions.
En l'espace de deux ans, les robots humanoïdes sont passés de prototypes de laboratoire à une armée de machines travaillant dans les usines, les temples, les terrains de tennis et les rues. Derrière chaque robot se trouve l'intelligence artificielle : l'apprentissage par renforcement pour le tennis, les modèles VLA pour le tri de colis, et les modèles Gemini AI de Google pour Atlas. Les entreprises qui tireront profit de cette révolution ne sont pas seulement celles qui fabriquent les robots, mais celles qui maîtrisent l'IA qui les fait fonctionner. C'est un véritable basculement, et il est crucial de comprendre et de maîtriser ces outils dès maintenant.