
La robotique vient de basculer en 7 jours (et personne n’en parle)
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Mercredi dernier, Tesla a lancé la production en série de son robot humanoïde Optimus à l'usine de Fremont, Californie, en reconvertissant la ligne de production du modèle S. Ce virage stratégique, financé par une chute de 43 % des profits ce trimestre, indique une forte conviction dans l'avenir de la robotique. Peu avant cette annonce, un robot de l'entreprise Figuray a parcouru 560 km en 9 jours sur un tapis roulant, soit un million de pas sans s'arrêter, pour tester sa résistance. La même semaine, une autre entreprise a commencé à livrer ses premiers robots domestiques aux États-Unis, tandis que l'armée américaine dévoilait les gagnants de sa première compétition officielle de robots humanoïdes militaires, dont un modèle équipé d'une protection balistique.
Ces événements simultanés révèlent une accélération sans précédent de la robotique humanoïde, souvent sous-estimée par les médias. Nous assistons à un véritable bouleversement : des chaînes de montage reconverties, des robots livrés dans les foyers, des machines sur les champs de bataille, et des chiffres de production en forte hausse.
Chez Tesla, Elon Musk vise la production de 20 000 robots Optimus par semaine d'ici fin 2027, avec une deuxième ligne à Giga Texas prévue pour 10 millions de robots par an. Ce pivot industriel rappelle des précédents historiques comme Nokia (des bottes en caoutchouc aux téléphones), Samsung (des nouilles séchées aux smartphones) ou IBM (des machines à écrire à l'informatique).
Figure, une start-up californienne fondée en 2022, produit un nouveau robot toutes les heures. Leur modèle Figure 03 travaille déjà chez BMW en Caroline du Sud depuis 11 mois, participant à la production de plus de 30 000 véhicules et au chargement de plus de 90 000 pièces. BMW a commandé 40 exemplaires supplémentaires et étendu le partenariat. Le test d'endurance de 560 km du robot Figure 03 sur tapis roulant a montré une grande robustesse.
Boston Dynamics a lancé la production commerciale de son Atlas, un robot entièrement électrique avec 56 degrés de liberté et 50 kg de charge utile, capable de changer ses batteries seul. La production 2026 est déjà vendue à Hyundai et Google DeepMind, et celle de 2027 est presque pleine. La nomination d'un ancien responsable de l'IA chez Amazon comme nouveau patron de Boston Dynamics souligne l'importance croissante de l'intelligence et de la coordination. Hyundai a annoncé l'intégration de 25 000 robots Atlas supplémentaires dans ses usines, et le robot Atlas effectue déjà un "stage" sur la chaîne de montage.
Le front domestique progresse également. 1X Technologies, une entreprise norvégienne, a livré ses premiers robots Neo dans des foyers américains. Le robot mesure 1,68 m, pèse 30 kg, et coûte 20 000 $ à l'achat ou 499 $ par mois en location. 10 000 précommandes ont été enregistrées en 5 jours. Neo est conçu sans visage réaliste pour éviter la "vallée de l'étrange", un concept théorisé dans les années 70 par un roboticien japonais, décrivant le malaise ressenti face à un robot trop proche de l'apparence humaine sans être parfait. Actuellement, Neo est supervisé à distance par un "opérateur Turing", une approche similaire à celle de Tesla pour les voitures autonomes, permettant de récolter des données et d'améliorer le logiciel.
Un troisième front est celui des applications militaires. En février, Foundation, une start-up de San Francisco, a déployé deux robots humanoïdes en Ukraine pour des missions logistiques en zones dangereuses. Le Pentagone a officialisé son intérêt en annonçant les gagnants de sa compétition Xtech Humanoid, dont un robot appelé Alex équipé d'une protection balistique. En Chine, l'appareil militaire accélère également les recherches sur l'utilisation de ces machines au combat.
La vitesse et l'échelle de ce développement sont frappantes. Des centaines d'entreprises à travers le monde avancent simultanément sans coordination. Il ne s'agit pas d'un cycle de "hype", mais d'une transformation structurelle. Les chiffres de production sont révélateurs : AGI Bot, une entreprise chinoise fondée en 2023, a produit son 20 000e robot en six mois, avec une cadence de 55 robots par jour. Sa valorisation atteint 50 milliards de dollars. Les données IDC montrent que près de 25 000 robots humanoïdes ont été expédiés au premier semestre 2026, soit une hausse de 432 % en un an, avec une estimation de plus de 750 000 unités par an d'ici 2030.
Wall Street révise constamment ses prévisions à la hausse. Goldman Sachs a relevé ses prévisions mondiales de 51 000 à 75 000 robots humanoïdes pour cette année. Morgan Stanley a doublé ses prévisions pour la Chine seule en six mois. En août, Pékin a accueilli les deuxièmes Jeux Olympiques mondiaux des robots humanoïdes, où le robot chinois Tiangong Ultra a couru le 100 m en 8,64 secondes, plus vite que le record de Usain Bolt, alors qu'il faisait 21 secondes il y a un an. Les fabricants chinois représentaient 95 % des expéditions mondiales au premier semestre.
Le Japon investit 6,3 milliards de dollars dans la robotique pour compenser une chute prévue de 31 % de sa population active d'ici 2060. En Europe, les investissements suivent, comme en témoigne la levée de plus d'un milliard de dollars par Neura Robotics (Allemagne) auprès de Nvidia et Amazon. Au niveau mondial, les start-ups spécialisées ont levé 8,7 milliards de dollars au premier semestre 2026, presque le double de toute l'année 2025. Le secteur de la robotique absorbe du capital à la même vitesse que l'IA.
Cette dynamique rappelle celle des semi-conducteurs il y a trois ans, où les États-Unis, l'Europe et le Japon ont investi massivement pour réduire leur dépendance. La robotique humanoïde suit le même chemin,