
Prix de l’essence : ce que vous payez sans le savoir
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Les prix des carburants atteignent des niveaux records, avec une augmentation de plus de 12 % pour le gazole en moins d'un an. Cette hausse interroge, d'autant que le cours du pétrole brut, le Brent, à 72 dollars le baril en juillet 2025 et juillet 2026, était comparable à celui de 2012 où le sans-plomb 95 coûtait 1,57 € et le gazole 1,40 €, alors que le Brent dépassait 111 dollars. Cette situation pousse certains à consacrer un quart de leur salaire au carburant, créant un dilemme entre "manger ou conduire".
L'idée que les prix de l'essence soient devenus démesurés uniquement à cause d'une crise dans le détroit d'Ormuz est jugée fallacieuse. La transparence sur les marges des raffineries et des distributeurs est pointée du doigt. Contrairement à une idée reçue, l'État s'enrichirait lorsque les prix augmentent, le carburant rapportant entre 35 et 40 milliards d'euros par an.
Pour comprendre cette hausse, il est nécessaire de décomposer le prix d'un litre de gazole. Le lien entre le prix du pétrole brut et celui du carburant à la pompe est réel sur le long terme, mais pas direct. Un baril de Brent et un litre de gazole sont des produits différents. Le pétrole brut doit être transporté, raffiné, stocké et distribué. Une raffinerie produit simultanément essence, gazole, kérosène et d'autres produits, chacun ayant son propre marché. Ainsi, le pétrole brut peut être abondant tandis que le gazole reste rare.
Il est important de prendre en compte l'inflation pour comparer les prix dans le temps. Le sans-plomb 95 vendu 1,57 € en 2012 équivaudrait à 1,96 € en 2026, et le gazole à 1,40 € en 2012 à 1,75 € en 2026. La flambée du gazole en 2018, bien que n'atteignant pas un record historique en termes de pouvoir d'achat, a été un déclencheur majeur des contestations des Gilets Jaunes en raison de sa rapidité.
En 2008, avec un Brent à 97 dollars, l'essence coûtait 1,35 € et le gazole 1,27 €. En 2012, avec un Brent à 111 dollars, ils valaient respectivement 1,57 € et 1,40 €. En 2025, avec un Brent à 69 dollars, l'essence atteignait 1,69 € et le gazole 1,62 €. L'inflation et le taux de change euro-dollar n'expliquent qu'une partie de cet écart.
Le prix d'un plein d'essence est composé de cinq grandes marges : le pétrole brut (coté en dollar), le carburant raffiné, les coûts de transport et de distribution, l'accise (impôt indirect sur le volume) et la TVA (20 % du prix hors taxe augmenté de l'accise). Un écart de 25 centimes sur le gazole et de 21 centimes sur le sans-plomb 95 a été observé entre le 1er août 2025 et le 3 juillet 2026.
En analysant la hausse de 24,68 centimes du gazole à la pompe entre ces deux dates, 20,74 centimes proviennent du prix hors taxe et environ 4,11 centimes de la TVA, l'accise ayant très peu bougé. Cela signifie qu'environ 84 % de la hausse du gazole s'est formée avant les taxes explicites. Pour le sans-plomb 95, sur près de 20 centimes de hausse, 17 centimes apparaissent hors taxe et 3,5 centimes de la TVA.
Le produit raffiné représente la plus grande partie du prix hors taxe (environ 75 centimes par litre pour le gazole raffiné et 67 centimes pour l'essence raffinée au 10 juillet 2026). Le reste (environ 27 centimes) couvre le transport, la distribution et les obligations réglementaires. La cherté du produit raffiné au début de juillet, malgré la baisse du Brent, s'explique par les perturbations des raffineries suite au conflit autour de l'Iran en février 2026. Des raffineries du Moyen-Orient, de Russie et d'Asie fonctionnaient à capacité réduite. L'activité mondiale des raffineries était inférieure d'environ 6 millions de barils par jour par rapport à l'année précédente. Tant que le gazole raffiné reste rare, son prix peut rester élevé.
En juillet 2026, les marges de raffinage brutes théoriques atteignaient environ 34,5 dollars par baril (près de 19 centimes par litre). Cependant, ce chiffre ne représente pas un bénéfice direct pour les raffineries, car il ne déduit pas les coûts d'énergie, de salaires, d'entretien ou d'investissement. Il indique plutôt que les carburants raffinés étaient anormalement chers par rapport au pétrole brut.
Les taxes ont évolué : en 1995, elles représentaient 80 % du prix final du sans-plomb 95 (69 centimes sur 86). En 2024, elles approchaient 1 € par litre mais leur part était redescendue à 55 % en raison d'une augmentation plus rapide du prix hors taxe. L'accise sur le gazole, historiquement plus faible, a été fortement réduite entre 2014 et 2018. En 2026, elle est d'environ 60,75 centimes par litre de gazole et 67,50 centimes pour le sans-plomb 95. Ce socle fiscal ne diminue pas avec la baisse du pétrole, et la TVA amplifie toute hausse avant elle.
Les 27 centimes entre le produit raffiné et le prix hors taxe incluent, outre le transport et la distribution, des obligations réglementaires imposées par l'État. Parmi elles, les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE), créés en 2005. Les vendeurs d'énergie doivent obtenir des points en finançant des actions de réduction de consommation d'énergie (isolation, remplacement de chauffage, etc.). Leur coût, estimé à 7,3 centimes par litre en 2023, est répercuté dans le prix du carburant. En 2026, les objectifs de CEE ont fortement augmenté, notamment pour les carburants (+73% pour le quota classique et +46% pour l'obligation totale). Les distributeurs affirment que leurs marges sont faibles (1 à 3 centimes par litre), le carburant étant un produit d'appel. Le coût des CEE est estimé entre 13,5 et 18 centimes par litre.
Les CEE ne sont pas la seule obligation : l'incorporation de biocarburants (environ 3,6 centimes par litre de gazole, 4,2 centimes par litre d'essence en 2024) et le financement de stocks stratégiques (équivalant à 29,5 % des volumes annuels) contribuent également au prix. D'autres coûts, comme l'augmentation de 87 % des carburants maritimes ou les primes d'assurance des navires, renchérissent le transport.
La hausse de 2026 résulte de deux facteurs : des carburants raffinés rares et chers, et des coûts fixes et réglementaires en augmentation. Dans un scénario favorable où le Brent descendrait à 60 dollars, avec des marges de raffinage normales, l'essence pourrait coûter entre 1,62 € et 1,72 €, et le gazole entre 1,56 € et 1,66 €. La France est le seul pays européen à ne pas proposer de ristourne fiscale sur les carburants, et l'État encaisse 53 % du prix.
Le phénomène de "la fusée et de la plume" décrit la montée rapide des prix et leur descente lente. La Banque de France a étudié ce phénomène, montrant qu'une variation du prix du gazole raffiné est répercutée à la pompe en une semaine pour plus de la moitié, et presque entièrement en 20 jours ouvrés. Sur