
SES DEUX FRÈRES ONT ÉTÉ ASSASSINÉS PAR LA DZ MAFIA : L’HOMME LE PLUS PROTÉGÉ DE FRANCE
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Amine Kessassi, figure de la lutte contre le narcotrafic à Marseille, est nommé maire adjoint quelques heures avant cet entretien. Cette nomination est une étape significative dans son combat pour la dignité des habitants des quartiers populaires, la lutte contre le narcotrafic et la question du logement. Il est sous protection policière depuis plus de huit mois en raison d'une mise à prix sur sa tête par un groupe mafieux, la DZ Mafia.
Sa vie est marquée par la tragédie : ses deux frères, Brahim et Medy, ont été assassinés. Brahim, tombé dans le narcotrafic, a été retrouvé calciné dans une voiture en 2020. Medy, qui n'avait aucun lien avec le trafic, a été tué par balle en novembre dernier, simplement parce qu'il était son frère. Amine Kessassi exprime que ces drames personnels l'empêchent d'avoir peur, considérant que se taire ou fuir ne serait pas une option.
Il a grandi dans les quartiers nord de Marseille, à Frévalon, au sein d'une famille nombreuse et aimante, avec des parents travailleurs qui ont toujours prôné le respect et l'éducation. Il dénonce le mythe selon lequel les parents des quartiers voudraient que leurs enfants tombent dans la drogue, affirmant que tous les parents souhaitent le meilleur pour leurs enfants. Un événement marquant de son enfance fut la tentative de son frère Brahim d'être récupéré d'un point de deal par leur mère, qui a fait face au trafiquant armé, une scène qui a profondément marqué le jeune Amine et renforcé son désir d'agir.
Sa scolarisation dans les quartiers sud, rendue possible par le métro, lui a permis de découvrir une autre réalité, plus apaisée et plus propre, contrastant avec le poids des quartiers nord. Il distingue deux types de jeunes qui tombent dans le narcotrafic : ceux qui sont attirés par l'image véhiculée par les médias, et ceux qui se sentent inutiles, rejetés et marginalisés par la société et le système scolaire. Il réfute l'idée d'une richesse facile dans le trafic, soulignant que les jeunes impliqués gagnent très peu, tandis que les véritables têtes de réseau s'enrichissent à l'étranger.
Amine explique que son frère Brahim est tombé dans le trafic car il ne trouvait pas sa place dans le système scolaire, se sentant marginalisé et en rébellion. Bien que plus jeune, Amine a toujours essayé de parler à son frère, et il pense que Brahim a été assassiné parce qu'il souhaitait quitter ce milieu. Il précise que Brahim n'était pas un cerveau, mais une "petite main" impliquée dans diverses tâches du trafic.
La mort de Brahim à 17 ans, retrouvée dans une voiture incendiée, a été un choc immense. Amine y voit une violence et une cruauté sans précédent, une perte injuste qui lui a enlevé une "boussole" et un "radar". Il évoque le souvenir de son frère, papa d'une petite Luna, et son propre intérêt précoce pour la politique et la capacité à manier le débat. Il considère son combat actuel comme une forme de vengeance, non pas par la violence, mais en portant la mémoire de ses frères et en dénonçant leurs meurtriers.
En 2020, son objectif était de raconter le coût humain du narcotrafic, de dénoncer l'indifférence de la société et la souffrance des familles de victimes. Il partage des anecdotes poignantes, comme celle d'une mère qui lui demande de ne jamais venir chez elle, car sa présence signifierait le meurtre d'un de ses enfants, ou celle d'un jeune dealer qui lui exprime son respect, sachant qu'Amine sera là pour sa mère quand il sera tué.
Les règlements de compte à Marseille sont souvent liés à des guerres de territoire et à des rivalités entre réseaux, exacerbées par des conflits personnels, comme l'histoire d'un glaçon dans une boîte de nuit en Thaïlande ayant déclenché une vague d'homicides. Amine critique le manque de dépaysement pour les procès des trafiquants, estimant qu'ils sont "chez eux" à Marseille. Il dénonce la violence extrême dans le cas de son frère Brahim, dont le corps a été laissé dans une voiture brûlée sans intervention des secours, le feu s'éteignant de lui-même.
Son livre, "Marseille et ses larmes", sorti en octobre 2025, est une lettre d'amour à son frère Brahim et une dénonciation de la fatalité. Il exprime la douleur d'une ville qui pleure ses morts, mais aussi sa capacité à se tenir debout, comme lors de la mobilisation après le meurtre de Medy. Il réfute les accusations selon lesquelles son livre aurait causé les menaces contre lui, expliquant que les menaces ont précédé la publication. Sa vie a basculé le 18 août 2025, date à laquelle il a appris qu'il était une cible.
Il évoque la culpabilité ressentie concernant son frère Medy, qui aspirait à devenir gardien de la paix et avait réussi le concours. Il refuse l'idée d'impuissance face aux réseaux, plaidant pour des moyens adaptés. Il exprime la difficulté de vivre sous protection constante, avec une vie hyper planifiée et privée de spontanéité. Il ne ressent pas la peur, considérant qu'il n'a pas le droit d'avoir peur après avoir perdu ses frères, mais il agit avec prudence.
Amine Kessassi est fermement opposé à la légalisation des armes pour la police face à des criminels armés, jugeant cela d'une "bêtise absolue". Il dénonce la lâcheté de certains responsables politiques qui sanctionnent les familles au lieu de s'attaquer aux têtes de réseau. Il plaide pour le retour de la République dans les quartiers, avec le renforcement de la police municipale et l'ouverture de maisons de santé et de guichets administratifs.
Concernant la légalisation du cannabis, il estime qu'elle est nécessaire pour mener des plans de santé publique, accompagner les personnes dépendantes et mieux contrôler la consommation, tout en sensibilisant aux dangers des drogues illégales. Il ne blâme jamais les consommateurs, considérant que son ennemi est celui qui appuie sur la gâchette. Il souligne que la société est elle-même sous dépendance, avec une consommation généralisée de drogues pour les loisirs et le travail.
Il espère que sa protection policière prendra fin un jour et que la parole sera libérée sans crainte. Il est convaincu que personne n'est intouchable et que la justice finira par prévaloir. Il affirme que son engagement politique est sincère et ancré dans son vécu, et qu'il ne sera jamais réduit au silence. Il croit en la possibilité d'un avenir sans narcotrafic à Marseille, mais cela nécessite des actions concrètes et une priorité absolue accordée à cette lutte au niveau national et européen. Il conclut en réaffirmant qu'il n'abandonnera jamais son combat.