
Le non-coté s'ouvre aux particuliers : opportunité ou piège à épargnants ?
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Dans cet épisode de "Allô la Martin Galale", nous explorons l'univers du non-côté, du private equity et des start-ups, de l'amorçage aux entreprises matures. Nos invitées, Alice Avnel (Head of Funds and Benelux chez Moonfir) et Valérie Bolier (Présidente d'Impact Business Angels), partagent leurs perspectives sur l'évolution de ce marché, l'accessibilité des investissements, et l'importance de l'impact.
**Le Contexte Actuel du Marché : Entre Effervescence et Durcissement**
Valérie Bolier entame la discussion en dressant un tableau contrasté de la French Tech. Si les chiffres de levée de fonds peuvent sembler impressionnants (3,3 milliards d'euros en septembre), une analyse plus fine révèle que l'IA domine largement ces chiffres, avec Mistral AI pesant à lui seul 3 milliards. Sans cette exception, le marché se contracte de 60% en volume, avec moins d'opérations. Cette tendance se retrouve aux États-Unis, où la croissance est également tirée par l'IA. Valérie souligne que le marché est devenu plus dur, affectant la capacité des fonds à lever des capitaux, ce qui se répercute sur les start-ups. Une pression croissante s'exerce sur elles pour qu'elles deviennent rentables, alors que leur mission première est la croissance et la scalabilité. Elle met en garde contre la contradiction inhérente à demander à une jeune entreprise de dépenser tout son argent pour sa croissance tout en étant rentable.
Alice Avnel confirme cette analyse, soulignant que chez Moonfir, qui couvre toute la chaîne de valeur des marchés privés, la levée de fonds est difficile, particulièrement en amorçage. Elle observe une tendance à préférer les entreprises déjà rentables, ce qui, à court terme, peut maintenir le marché, mais hypothèque l'investissement dans l'avenir. Moins de nouvelles start-ups émergent, ce qui réduit la matière première pour les fonds en late stage, créant un cercle vicieux potentiel.
**La Création de Valeur : Un Fil Rouge Indispensable**
Malgré les dynamiques de marché, la création de valeur reste le critère fondamental de tout investissement, que ce soit dans une start-up en amorçage ou une entreprise mature préparant une introduction en bourse (IPO). Les exemples de SpaceX ou d'OpenAI (maison mère de ChatGPT) illustrent des croissances exponentielles, parfois qualifiées d'anomalies statistiques, mais qui démontrent le potentiel de création de valeur dans des entreprises privées. Valérie souligne que ces valorisations astronomiques soulèvent la question de savoir si l'essentiel de la valeur n'a pas déjà été capté par les premiers investisseurs.
**Démocratisation de l'Investissement : L'Accès au Non-Côté pour Tous ?**
Historiquement, le private equity et l'investissement dans les start-ups étaient réservés à une élite fortunée : family offices, institutionnels, grandes banques et assurances. Cependant, des plateformes comme Moonfir ont émergé pour démocratiser cet accès. Alice explique que Moonfir a été créée pour permettre à des investisseurs avisés, qui n'avaient pas les tickets d'entrée de centaines de millions d'euros requis auparavant, de participer à cette création de valeur. Désormais, des investissements de 25 000 à 50 000 euros sont possibles, là où il fallait des centaines de milliers, voire des millions, il y a peu.
Valérie précise que devenir business angel (BA) ne s'improvise pas et demande une courbe d'apprentissage. Elle recommande de rejoindre des groupements de BA pour se former. Au-delà de la rentabilité financière, investir dans une start-up offre une richesse humaine : accompagner des entrepreneurs, transmettre son expérience, et utiliser son argent pour changer le monde en soutenant des visions d'avenir alignées avec ses valeurs. Elle insiste sur le fait que le meilleur moyen de tout perdre est d'investir sans comprendre les mécanismes, notamment les pactes d'actionnaires.
**Impact et Rendement : Un Duo Indissociable**
La question de concilier impact et rendement est centrale. Valérie affirme qu'il est impossible de dissocier les deux : sans rendement, une entreprise ne peut pas croître et donc avoir d'impact durable. L'impact, loin d'être une mode, est une nécessité pour trouver des solutions aux externalités négatives générées par l'innovation. Elle cite l'exemple de Kinat, qui transforme les mégots de cigarettes et les chewing-gums en panneaux de signalisation ou autres produits, créant ainsi un marché rentable tout en résolvant un problème environnemental.
Alice confirme que Moonfir, bien que n'étant pas contraint par des réglementations comme la SFDR (article 8 ou 9), examine toutes les opportunités, y compris celles avec une dimension d'impact, si elles sont rentables et scalables. La vision de l'entrepreneur est clé : transformer un défi en opportunité.
**Risques et Rendements : Une Question de Sélection et de Diversification**
Il est crucial de rappeler les risques inhérents à l'investissement dans les start-ups : perte en capital totale ou partielle, et risque d'illiquidité. Valérie souligne qu'il faut être prêt à attendre 5, 8, voire 10 ans sans voir de résultats immédiats. L'investissement doit être motivé par plus que la seule recherche de gains financiers.
Concernant la diversification, Valérie recommande de ne pas investir tout son capital dans une seule entreprise, mais de disperser ses mises ("spray and pray"). Pour les BA, une centaine d'investissements peut être nécessaire sur le long terme pour compenser les échecs par les succès. Alice mentionne que Moonfir sélectionne rigoureusement les opportunités, ne retenant que 5% des fonds étudiés, et vise un rendement cible de trois fois l'investissement sur 8 à 10 ans, après frais et impôts.
**La Démocratisation : Réelle ou Fictive ?**
Valérie qualifie la démocratisation de l'investissement dans le non-côté de "nécessaire". Elle regrette que le législateur favorise les fonds euros et la dette d'État, alors que l'épargne pourrait financer l'avenir et l'innovation. Elle plaide pour des incitations fiscales qui encourageraient les particuliers à investir dans des entreprises, comme c'est le cas pour les entrepreneurs qui réinvestissent leurs plus-values. Elle estime qu'il manque un cadre pour intégrer l'impact sociétal et environnemental dans l'évaluation des entreprises, permettant ainsi des décisions d'investissement plus objectives.
Alice nuance l'idée de démocratisation, précisant que Moonfir s'adresse à des investisseurs avisés avec une certaine tolérance au risque et une compréhension des marchés privés, qui sont intrinsèquement illiquides. Les tickets minimums de 25 000 à 50 000 euros ne sont pas accessibles à tous. Elle s'oppose au "race to the bottom" de certaines plateformes offrant des tickets très bas, arguant que la construction d'un portefeuille pertinent nécessite des sommes plus importantes et une vision à long terme.
**Le Future du Non-Côté : Bulle ou Croissance Durable ?**
La question d'une bulle dans le non-côté, notamment dans le secteur de l'IA, est abordée. Alice, pour Moonfir et à titre personnel, ne pense pas qu'il s'agisse d'une bulle, soulignant que les marchés privés sont moins sensibles à la volatilité que les marchés publics. Valérie exprime une préoccupation quant à l'impact potentiel d'une éclatement de bulle sur l'économie réelle, tout en reconnaissant que les crises passées ont aussi ouvert la voie à de nouvelles innovations.
**Conseils aux Investisseurs : Apprendre, Sélectionner, Diversifier**
Pour les investisseurs particuliers aspirant à devenir BA, Valérie conseille de passer du temps à apprendre et à comprendre le métier avant de se lancer. Alice insiste sur l'importance de la sélection rigoureuse, que ce soit pour les plateformes, les fonds, ou le portefeuille global.
La conversation se termine sur une note optimiste, soulignant que le non-côté, bien que risqué, finance l'économie réelle, crée des emplois et stimule l'innovation. L'accessibilité accrue à ce marché, grâce à des plateformes comme Moonfir, permet à un plus grand nombre de participer à la construction de l'avenir.