
Le face à face avec Sylvain Poulain, chef de projet en innovation chez NaTran R&I
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Dans cet entretien, Sylvain Poulain, chef de projet en innovation chez Natran RNI, vient démonter les clichés qui entourent le monde de l'industrie. Fort de plus de 25 ans d'expérience dans l'entreprise, débutant par un apprentissage dans le secteur du gaz, il partage sa vision d'un secteur dynamique et plein d'opportunités.
Le premier cliché à balayer est celui de l'industrie "ringarde". Sylvain réfute cette idée avec vigueur, affirmant que l'industrie est loin d'être statique. Pour lui, c'est un univers extrêmement varié, un écosystème complexe où s'entrecroisent une multitude de métiers : "métiers de bureau, métiers d'atelier, métiers de terrain". Il souligne qu'il y a "de la place pour tout le monde" dans l'industrie, une idée clé qui revient tout au long de l'échange.
Quant à l'idée que l'industrie serait un "plan B" pour ceux qui n'ont pas d'autres options, Sylvain est catégorique : "Non, encore une fois, non". Il reconnaît que cela a pu être le cas par le passé, mais estime que la situation s'est inversée. Les métiers industriels d'aujourd'hui sont "hyper recherchés, qualifiés et importants", indispensables au bon fonctionnement de la chaîne industrielle. Il faut donc, selon lui, "sauter de la tête" cette conception erronée.
Le cliché de l'ouvrier en usine qui "n'exécute pas, ne réfléchit pas" est également abordé. Sylvain nuance : oui, il y a une part d'exécution, notamment pour des raisons de sécurité, régie par des modes opératoires stricts. Cependant, il insiste sur la place primordiale de l'innovation. Les procédures évoluent constamment, notamment grâce au numérique et à l'intelligence artificielle. Loin d'être figée, l'industrie est en perpétuelle mutation. L'automatisation, par exemple, ne supprime pas nécessairement l'emploi ; elle fait plutôt "monter en compétence des personnes" qui apprennent à programmer ces nouvelles machines, créant ainsi un cercle vertueux d'évolution des compétences.
Sylvain illustre cette dynamique d'innovation par l'exemple de l'incubateur Nova de Natran, qui accompagne des startups, y compris celles à des stades de maturité technologique (TRL) très bas. L'objectif est de leur fournir les moyens de progresser et de potentiellement intégrer l'environnement industriel de l'entreprise.
L'idée que l'industrie serait un secteur qui ne "fait pas rêver" est réfutée. Sylvain estime que l'industrie ouvre de nombreuses opportunités, permettant d'y entrer par différentes voies, pas seulement par les postes d'ingénieurs. Les métiers opérationnels, "hyper intéressants" et nécessitant de la réflexion, sont des tremplins vers des postes à plus forte responsabilité. Il souligne que "compétence n'égale pas diplôme", et que l'expérience sur le terrain est une source précieuse de savoir.
Concernant la disparition potentielle des métiers industriels, Sylvain est confiant : "Je pense pas encore une fois". L'industrie englobe la fabrication de biens essentiels comme les avions, les bateaux, les voitures, ou même un simple tapis. Tant que ces biens seront nécessaires, l'industrie existera et évoluera.
Les carrières figées dans l'industrie ? "Pas du tout", affirme Sylvain. Il met en avant la possibilité d'évolution au sein de l'entreprise, à condition de le vouloir et d'en avoir les capacités. Son propre parcours, parti "en bas de l'échelle", en est la preuve. Il met en lumière le fait que l'industrie offre "plein d'opportunités, plein de métiers, plein de possibilités".
L'idée que l'individu n'a pas d'impact dans l'industrie, qu'il n'est qu'un pion, est également contestée. Sylvain met en avant l'importance de la cohésion d'équipe et du management. Il explique le passage d'une organisation pyramidale à une organisation matricielle, plus axée sur les personnes, qui permet une meilleure interaction et une prise de décision plus fluide. Ce nouveau modèle permet aux salariés d'interagir directement avec les responsables de leur activité, évitant ainsi des lourdeurs administratives.
L'environnement de travail industriel, souvent imaginé comme poussiéreux et insalubre, a considérablement évolué. L'accent est désormais mis sur la sécurité, les équipements de protection individuelle (EPI), améliorant significativement les conditions de travail. Si l'industrie ne "fait pas rêver" autant que les univers start-up très médiatisés, Sylvain pense qu'elle devrait pourtant susciter l'envie, compte tenu des nombreuses possibilités qu'elle offre.
L'industrie est loin d'être déconnectée du numérique. Au contraire, elle "tend vers la numérisation plus que plus". La dématérialisation, les applications mobiles, le travail en nomadisme, l'utilisation d'outils numériques sur le terrain facilitent le quotidien des salariés et améliorent la performance opérationnelle.
Une journée type dans l'industrie, pour quelqu'un d'externe, pourrait réserver des surprises. Loin de l'image simpliste de "réparer des fuites" dans le secteur de l'énergie, Sylvain décrit une journée d'exploitant réseau gaz comme étant faite d'organisation, de programmation, mais aussi d'imprévus nécessitant une adaptation constante. Il souligne l'importance de la réflexion, tant pour la sécurité que pour l'optimisation des tâches. L'idée d'une journée "wow" serait de faire découvrir cet environnement complexe, où l'on n'est pas des "automates" mais où la réflexion est constante.
Concernant la bureaucratie et la hiérarchie, Sylvain indique que chez Natran, l'objectif est plutôt d'"autonomiser l'ensemble des salariés". L'entreprise met l'accent sur la reconnaissance des compétences et des "soft skills", essentielles pour la transmission du savoir dans des métiers opérationnels à forte composante sécuritaire.
La compétence qui "vaut de l'or" dans l'industrie, selon Sylvain, est la capacité à transmettre les compétences, la passion du métier, aux nouvelles générations. Il insiste sur l'importance de s'adapter aux générations montantes, de leur redonner "goût" et sens à leur travail.
Le métier le plus sous-coté et en tension, selon lui, est lié au terrain et à l'opérationnel, notamment les métiers d'exploitation et les soudeurs. Il met en avant le besoin croissant d'alternants pour assurer le renouvellement des compétences.
Ce que les gens ne comprennent souvent pas tant qu'ils n'ont pas expérimenté le terrain, c'est la diversité des situations et l'absence d'une journée "type". Les journées sont dynamiques, riches en interactions avec divers acteurs externes (mairies, conseils régionaux), et loin de l'image réductrice de "serrer des boulons".
L'industrie porteuse de valeur ? Absolument. Sylvain souligne que la communication actuelle, notamment via des vidéos et la mise en lumière de certains métiers, contribue à recréer cette valeur perçue, rendant l'industrie plus attractive.
Il recommanderait sans hésiter le monde dans lequel il évolue, notamment le secteur de l'énergie et des énergies renouvelables, qu'il considère comme un "métier d'avenir".
Concernant les parcours fulgurants, il évoque son propre parcours et celui d'autres personnes, soulignant la possibilité de changer de métier au sein de l'industrie, que ce soit vers les RH, les achats, ou d'autres domaines. Il insiste sur l'importance d'être "au bon moment, au bon endroit, et avec les bonnes personnes".
Revenant sur son propre choix professionnel il y a 25 ans, il évoque une époque où l'accompagnement des alternants était différent, centré sur la transmission de la passion du métier par les anciens. Il estime qu'aujourd'hui, il faut adapter ces méthodes pour séduire les nouvelles générations, rendre les choses "fun".
Pour conclure, si Sylvain devait supprimer un cliché, ce serait celui selon lequel "l'industrie n'est pas un métier d'avenir". Il ajoute que dans l'industrie, "tout le monde a sa place", hommes comme femmes, et invite ceux qui hésitent à venir tels qu'ils sont.