![[MASTERCLASS 2] Pas de biodiversité … pas de business – tout comprendre sur le nouveau rapport IPBES](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fimg.youtube.com%2Fvi%2F7ycoIN-fHwc%2Fhqdefault.jpg&w=1080&q=75)
[MASTERCLASS 2] Pas de biodiversité … pas de business – tout comprendre sur le nouveau rapport IPBES
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La biodiversité est un concept à trois dimensions : la diversité des espèces, la diversité des écosystèmes et la diversité des gènes au sein d'une même espèce. Une quatrième dimension est la diversité des relations entre ces éléments. Actuellement, la biodiversité est gravement menacée, les scientifiques parlant d'une sixième extinction de masse.
Un rapport récent de l'IBES, l'équivalent du GIEC pour la biodiversité, publié en février, met en lumière les relations entre les entreprises et la biodiversité. Ce rapport, adopté par 150 gouvernements et mobilisant 80 experts de plus de 30 pays, identifie 10 messages clés pour les décideurs publics et privés, proposant des leviers d'action pour les entreprises.
La biodiversité est essentielle au développement des activités humaines et économiques, fournissant des "services écosystémiques". Ces services incluent l'approvisionnement en matières premières et en eau de qualité, la régulation (comme la pollinisation ou la filtration de l'eau par les sols), et des services culturels (valeur esthétique, bien-être, santé, inspiration pour l'innovation). La biodiversité est le fondement de nos sociétés.
Cependant, ce sont les activités économiques qui sont la cause principale de l'érosion de la biodiversité, à travers cinq facteurs majeurs : le changement d'usage des terres et des mers (artificialisation), la surexploitation des ressources, les changements climatiques, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes. Il existe donc une interdépendance où la biodiversité est vitale pour l'économie, mais où l'économie menace la biodiversité, créant un cercle vicieux qui compromet la viabilité des modèles économiques.
Cette relation d'impact et de dépendance engendre des risques et des opportunités pour les entreprises. Les scientifiques du rapport de l'IBES alertent sur la gravité de la situation, évoquant un risque de crise systémique pour l'économie, la stabilité financière et le bien-être humain. Le Forum Économique Mondial de Davos a d'ailleurs identifié la biodiversité comme le troisième risque le plus important pour l'économie mondiale à 10 ans. La Banque Centrale Européenne a révélé que 72 % des entreprises de la zone euro dépendent de manière critique des services écosystémiques, soit environ 2,8 millions d'entreprises. En résumé, "pas de biodiversité, pas de ressources, pas de business".
Les risques peuvent être physiques (rupture des chaînes d'approvisionnement, hausse des coûts due à la perte de ressources) ou de transition (attentes croissantes des parties prenantes, risques financiers liés à la réputation, perte de parts de marché, anticipation réglementaire). Cependant, l'intégration de la biodiversité offre aussi des opportunités : positionnement sur de nouveaux marchés, sécurisation des approvisionnements, amélioration de l'image, ancrage territorial, et accès à des financements.
Le rapport de l'IBES souligne que les entreprises peuvent être des actrices positives du changement. Il propose 25 actions génériques à différents niveaux de la chaîne de valeur, au-delà des simples opérations sur site. L'évaluation des impacts et dépendances est fondamentale pour comprendre les enjeux et éclairer les décisions. L'IBES fournit une grille d'analyse pour identifier les outils pertinents selon le niveau d'analyse (portefeuille, entreprise, chaîne de valeur, opérations).
Des obstacles existent, liés au fonctionnement de l'économie et à d'autres acteurs. Un environnement favorable, impliquant l'entreprise et son écosystème (pouvoirs publics, acteurs financiers, société civile), est nécessaire pour la préservation de la biodiversité. La société civile, notamment les associations de protection de la nature, possède une expertise précieuse pour accompagner les entreprises.
L'IBES insiste sur une vision systémique des actions pour la biodiversité, allant des opérations à la stratégie, aux modèles économiques, aux investissements en R&D, et à l'influence sur la chaîne de valeur.
En France, l'Office français de la biodiversité (OFB) et ses partenaires développent une "mallette d'outils" pour accompagner les entreprises. Ces outils couvrent la sensibilisation, l'analyse des impacts et dépendances, la structuration d'une démarche robuste, l'accompagnement territorial et les démarches partenariales.
Pour la sensibilisation et la formation, l'OFB propose la plateforme "Entreprise et biodiversité" (en ligne, avec des outils génériques et sectoriels) et un MOOC gratuit avec la LPO et le MEDEF, destiné aux PME, pour comprendre la biodiversité et construire un plan d'action. D'autres dispositifs existent, comme la Fresque de la biodiversité, des modules BPI France Université et les ateliers "Mission biodiversité".
Pour le diagnostic, le "Diag biodiversité", développé avec BPI France, permet un accompagnement de 10 jours par un expert pour évaluer les impacts, dépendances, risques et opportunités, et proposer un plan d'action. Ce diagnostic est subventionné à 50 % pour les PME et 30 % pour les petites ETI. Il inclut une phase de sensibilisation, une analyse de double matérialité et la construction d'un plan d'action SMART.
Une fois les enjeux compris et analysés, l'étape suivante est de structurer et valoriser la démarche. L'OFB porte le programme "Entreprise engagée pour la nature", s'inscrivant dans la stratégie nationale pour la biodiversité. Ce programme gratuit vise à accompagner les entreprises, quelle que soit leur taille ou leur secteur, à construire des plans d'action ambitieux. Il offre un cadre structurant reconnu par l'État, une porte d'entrée sur l'ensemble des enjeux environnementaux et est aligné sur les cadres de référence nationaux et internationaux. L'engagement des collaborateurs est un bénéfice majeur de ces démarches.
Le programme s'étend sur au moins trois ans : adhésion (signature d'une charte), dépôt de la démarche (état des lieux et plan d'action) dans l'année, validation par un jury, puis un rapport de suivi tous les deux ans avec des recommandations d'experts. Le Diag biodiversité peut s'inscrire dans la première étape du programme.
L'OFB encourage les dynamiques d'échange entre pairs via le club des engagés, la visibilité, les recommandations d'experts et un cadre structurant légitime. Ce programme est co-piloté par des représentants du monde économique, des associations de protection de la nature et des institutions publiques.
L'accompagnement territorial est assuré par les agences régionales de la biodiversité, avec des référents "entreprise et biodiversité" dans plusieurs régions, visant une couverture nationale d'ici 2027, notamment pour les TPE/PME.
Enfin, les démarches partenariales sont essentielles. De nombreuses initiatives existent, regroupant ONG, acteurs publics et entreprises pour travailler sur les cadres de référence et l'accompagnement. Des acteurs associatifs locaux (conservatoires d'espaces naturels, etc.) proposent également des accompagnements et sensibilisations.
Pour agir concrètement, une démarche biodiversité suit trois étapes principales : comprendre, construire et suivre. "Comprendre" implique un état des lieux des actions déjà menées, des dépendances et des impacts, afin de prioriser les enjeux. Des outils comme le Diag biodiversité sont précieux à cette étape.
"Construire" un plan d'action nécessite une approche "chaîne de valeur" (amont, sites et process, aval), la fixation d'objectifs SMART et l'application de la séquence "éviter, réduire, restaurer/préserver". Il est important de distinguer les actions liées au cœur de métier des actions complémentaires (mécénat, sciences participatives) qui fédèrent les salariés. L'amont de la chaîne de valeur est souvent le plus matériel en termes de liens avec la biodiversité, notamment l'intégration de critères biodiversité dans les achats. L'aval offre un levier d'action via les pratiques des consommateurs et des clients, ou la proposition de nouvelles offres de services "biodiversité friendly".
La traçabilité des chaînes de valeur est un enjeu majeur, souvent complexe en raison de la mondialisation et du manque de données. Cependant, la réflexion sur la chaîne de valeur est de plus en plus pertinente face aux crises multiples, et la biodiversité peut inciter à cette réflexion.