
Forum d’affaires Guinée–France 2026 | Panel Agriculture & Agroalimentaire
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Voici une synthèse des échanges lors de cette table ronde consacrée à l'agriculture et à l'agroalimentaire en Guinée, un secteur stratégique identifié comme un pilier du plan "Simentou 2040". L'objectif est de faire de ce secteur un moteur de souveraineté alimentaire, de transformation industrielle et de création d'emplois.
**Potentiel Agricole et Freins Actuels**
Madame Dénaba Keita Anne, spécialiste des filières agricoles, souligne le potentiel colossal de l'agriculture guinéenne, avec une croissance annuelle d'environ 4,8 %. Des filières comme l'anacarde connaissent une forte expansion, passant de 400 000 à 600 000 tonnes. Cependant, des freins majeurs persistent :
* **Pertes post-récolte :** Entre 30% et 40% des fruits sont perdus faute de chaîne de conditionnement structurée.
* **Chocs climatiques :** Les inondations peuvent anéantir des récoltes entières, nécessitant des interventions d'urgence.
* **Enclavement des zones agricoles :** L'accès aux marchés est rendu difficile par des infrastructures insuffisantes.
* **Manque d'information sur les marchés :** L'absence de fixation de prix clairs freine les producteurs.
Ces constats appellent des réformes où le secteur privé a un rôle crucial à jouer.
**L'Industrialisation comme Levier de Développement**
Monsieur Abdou Karim Dialo, directeur général du groupe Sonoco, insiste sur l'indissociabilité entre agriculture et industrie. La richesse ne se trouve pas uniquement dans les champs, mais surtout dans la transformation. Pour encourager les investissements agricoles, il est indispensable d'assurer des débouchés via l'industrie. Sonoco développe une stratégie d'intégration verticale, couvrant la production, la transformation, l'élevage, les abattoirs et la commercialisation. Ce modèle nécessite des partenaires techniques et financiers solides, comme BPI France, qui a soutenu leur projet de production de 15 millions de poulets. L'importation de certaines matières premières (maïs, soja) reste nécessaire pour l'industrie, mais l'objectif est de parvenir à une production locale à terme. Le conseil de Sonoco au secteur privé est de prioriser l'industrie avant l'agriculture pour éviter les problèmes de débouchés et de stockage.
Monsieur Xavier De Boissé, directeur général de Sobragi, partage son expérience de modernisation industrielle. Passant d'une usine de 1958 à une installation de dernière génération, Sobragi illustre le potentiel de la Guinée. Les opportunités sont immenses, avec des consommations par habitant inférieures à celles de la sous-région. La transition politique de septembre 2021 a coïncidé avec une amélioration des infrastructures et une croissance à deux chiffres, convainquant les actionnaires d'investir. Le gouvernement a également soutenu ce projet, porteur d'emplois et de fiscalité. L'engagement de Sobragi est de privilégier les approvisionnements locaux dès qu'un acteur sera capable de fournir du "gritz de maïs" ou du sucre "made in Guinée". Actuellement, Sobragi importe 100% de ses intrants, ce qui crée une dépendance et une perte de valeur.
**Défis et Solutions de Financement**
Monsieur Alassan Dia, expert en montage financier, identifie plusieurs obstacles au financement du secteur agroalimentaire :
1. **L'État comme premier obstacle :** Un environnement non propice au développement des financements, faute d'investissements étatiques dans les infrastructures (routes, eau) et la structuration des entreprises. Il souligne la nécessité de subventions, l'agriculture étant un secteur d'utilité publique.
2. **Conditions financières inadaptées :** Des taux d'intérêt exorbitants, des maturités de prêt trop courtes pour des actifs à longue durée de vie (ex: tracteurs), et un accès difficile aux garanties, souvent lié à l'insécurité foncière.
3. **Manque de structuration des projets :** Malgré la disponibilité de ressources financières mondiales, les projets manquent souvent de bancabilité et d'attractivité pour les financiers.
Il met en avant des solutions comme le "chain value financing" (contrats tripartites entre transformateur, producteur et banquier) et la "tierce détention" (stockage et levée de fonds sur la base de stocks certifiés), qui favorisent la solidarité entre les acteurs de la chaîne.
**Le Rôle de BPI France**
Monsieur Hugo Poulot, représentant des financements export chez BPI France, présente les outils de soutien aux projets franco-guinéens. BPI France facilite la mise en relation entre les besoins guinéens et le savoir-faire français dans toutes les étapes de la chaîne de valeur agroalimentaire (stockage, chaîne du froid, distribution). L'objectif est une co-industrialisation et des co-investissements pour des relations de long terme. BPI France a soutenu Sonoco dans des projets de stockage (silos) et de développement avicole, en associant des offres techniques de qualité à des financements à moyen/long terme et compétitifs. L'idée est de reproduire ce modèle avec le tissu d'entreprises françaises pour répondre aux besoins de la Guinée.
**Structuration des Chaînes de Valeur et Exigences de Marché**
Monsieur Dialo réitère l'importance de l'intégration des chaînes de valeur, en citant l'exemple de Fermave (filiale de Sonoco) qui gère l'ensemble du processus avicole et agricole. L'accompagnement des producteurs par l'apport de semences, de conseils et le rachat des récoltes est essentiel.
Monsieur De Boissé souligne l'importance de réduire la dépendance aux importations en développant des filières locales.
Madame Keita Anne insiste sur la nécessité d'orienter la production vers des débouchés réels, comme le secteur minier, qui emploie plus de 70 000 personnes. Cela passe par la structuration de filières, la création de centrales d'achat, le groupement des producteurs en coopératives et la compréhension des cahiers des charges des sociétés consommatrices, incluant les certifications nécessaires. Elle appelle à passer d'une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale.
**Montages Financiers et Co-financement**
Monsieur Dia explique que les chaînes de valeur sont souvent déséquilibrées, avec une valeur ajoutée concentrée dans la transformation. Les financiers privilégient donc cette étape. Les solutions de "chain value financing" et de "tierce détention" visent à rééquilibrer ces chaînes en sécurisant et en facilitant le financement des producteurs. Il plaide pour le "co-financement" entre institutions internationales et banques locales pour diluer les risques et mobiliser davantage de capitaux pour répondre aux immenses besoins de l'Afrique.
**Exigences de Qualité et de Certification**
Monsieur Dialo considère la certification comme un passeport indispensable pour rassurer les consommateurs, accéder aux marchés régionaux et internationaux. Le groupe Sonoco détient la certification FSC 22000, gage de sérieux et d'exigence dans la production.
Monsieur De Boissé met l'accent sur la qualité comme fondement de la compétitivité, soulignant que chez Castel, c'est une priorité absolue, intégrée au quotidien. Il aborde également la RSE, en particulier la sécurité, culture encore peu développée en Guinée, et les aspects environnementaux de la nouvelle usine.
Madame Keita Anne réaffirme la nécessité de la mécanisation pour répondre aux exigences des marchés internationaux (ex: Global Gap) et rendre les produits guinéens compétitifs. L'accès à des équipements modernes et la structuration des groupements sont cruciaux pour approvisionner les industries et accéder aux marchés de la CEDEAO.
**Outils de Financement et Co-construction**
Monsieur Poulot confirme que BPI France propose des outils de financement pour soutenir les investissements de modernisation industrielle, en associant des offres techniques françaises de qualité à des financements compétitifs.
Monsieur Dia appelle à la co-construction d'outils financiers entre institutions internationales et banques locales, via le co-financement, pour mobiliser les capitaux nécessaires au développement de l'Afrique.
En conclusion, la table ronde a souligné l'importance capitale de l'agriculture et de l'agroalimentaire pour la Guinée. Le potentiel est réel, mais il requiert des investissements massifs dans l'industrialisation, la mécanisation, la structuration des chaînes de valeur, la certification, et un soutien financier adapté, impliquant une coopération étroite entre le secteur public et privé, tant au niveau national qu'international.