
Comment le 11-Septembre a provoqué une vague de théories du complot ?
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Le 11 septembre 2001, Lyndon Larouche, un polémiste américain, apprend en direct à la radio que deux avions ont percuté les tours du World Trade Center. Ce jour-là, quatre avions détournés provoquent la mort de 297 personnes : deux à New York, un au Pentagone, et un dernier en Pennsylvanie. Les attentats sont rapidement attribués à Al-Qaïda. Cependant, des adeptes du conspirationnisme, comme Lyndon Larouche, rejettent la version officielle, avancent leurs propres théories, qui se répandent et font du 11 septembre l'épisode fondateur du complotisme moderne.
Dès les premières heures, des théories alternatives émergent. Lyndon Larouche, considéré comme un pape du conspirationnisme américain et militant d'extrême droite, estime que les attentats sont une opération interne visant à instaurer une dictature militaire et justifier une guerre. Il utilise son propre écosystème médiatique pour diffuser ses idées. Jacques Cheminade, un de ses disciples, reprend ces thèses sur internet. Aux États-Unis comme en France, ces idées restent confidentielles jusqu'en 2002.
Thierry Messan, fondateur du Réseau Voltaire, diffuse également des théories complotistes dès 2001. En 2002, il publie "L'effroyable imposture", reprenant les thèses de Larouche : les attentats ne seraient pas l'œuvre d'Al-Qaïda, mais du complexe militaro-industriel américain, visant à mener une croisade anti-islam et restreindre les libertés. Le livre, traduit en de nombreuses langues, devient un best-seller. Sa diffusion est facilitée par une absence de contradicteurs lors de ses apparitions médiatiques, bien qu'il soit ensuite réfuté par des journalistes.
Le département d'État américain considérera Messan comme une source majeure de désinformation anti-américaine. En 2005, deux rapports américains sur les attentats suscitent frustration et demandes de comptes sur l'échec des services de renseignement. Les théories complotistes se propagent sur les blogs et forums. Alex Jones en fait son fonds de commerce.
Le documentaire "Loose Change", réalisé par Dylan Avril, sort en 2005. Vu plus de 150 millions de fois, il est un exemple typique de film conspirationniste, lançant de nombreuses pistes, parfois incohérentes. Alex Jones cofinance certaines versions. Le film, traduit en des dizaines de langues, devient le premier blockbuster d'Internet, s'appuyant sur des publications d'extrême droite et la thèse de la démolition contrôlée. Certaines thèses complotistes sur le 11 septembre se rapprochent de thèses antisémites, comme la rumeur selon laquelle 4000 juifs auraient été prévenus.
Le "9/11 Truth Movement" prend de l'ampleur, notamment via des associations comme Reopen 9/11. Des tournées européennes sont organisées. Avec le web 2.0, les internautes se spécialisent dans la recherche de signes annonciateurs dans les films et séries, le complotisme devenant un élément de culture populaire.
À partir de 2012, les théories autour du 11 septembre s'essoufflent, supplantées par d'autres événements. Bien que des personnalités continuent d'en parler, le thème n'est plus aussi mobilisateur. Les complots se renforcent mutuellement, la radicalisation étant une pente glissante. Certains adeptes finissent par revenir de ces théories, comme le réalisateur de "Loose Change".