
Grandmaster Flash - The Science Of DJ-ing | Podcast
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Dans cet épisode du podcast Sound on Sound, Caris s'entretient avec Flash, plus connu sous le nom de Grandmaster Flash. Pionnier du mixage rapide, du bouclage sans couture, du turntablism et du hip-hop, Flash a co-écrit un nouveau livre, "Birth of a Culture", qui explore les fondements scientifiques, mathématiques et communautaires de la créativité afro-américaine et latino-américaine urbaine, devenue un phénomène mondial.
Flash partage ses débuts, marqués par une fascination précoce pour les objets électroniques et les disques vinyles. Enfant, il était interdit d'accéder au bureau de son père où se trouvaient ses disques. Ces "carrés avec un disque noir à l'intérieur" et la "boîte marron" (la chaîne stéréo) ont alimenté sa curiosité. Il décrivait le processus d'écoute comme une procédure rituelle : son père sortait le disque, le plaçait sur la platine, actionnait un levier, et le son émanait de la boîte. Cette fascination l'a conduit, malgré les interdits, à expérimenter lui-même avec l'appareil, une transgression qui lui valait des réprimandes mais nourrissait sa passion.
La transition de cette observation lente et méticuleuse à la rapidité de ses performances DJ s'explique par une évolution musicale. Les intros des disques de disco, souvent longues, permettaient aux DJs de l'époque de maintenir deux disques en lecture simultanément pendant plusieurs minutes. Cependant, la musique soul, funk, R&B et jazz que Flash aimait comportait des "breakbeats" – des solos de batterie courts, souvent de quatre à huit mesures, durant seulement quelques secondes. Il a remarqué que ces sections rythmiques captivaient particulièrement le public. Son moment décisif fut l'écoute de "Move On Up" de Curtis Mayfield, dont le solo de batterie de plus de deux minutes lui a fait réaliser le potentiel de ces passages.
Perplexe face à la brièveté des breakbeats dans la plupart des chansons, il a entrepris de trouver des disques contenant ces sections et de les prolonger. La méthode initiale consistant à utiliser le bras de lecture pour tenter de faire revenir le disque au début du break était chaotique, engendrant des "train wrecks" (erreurs de mixage). Son objectif était de maintenir ces breakbeats percussifs en continu, en synchronisant des sections provenant de différents genres musicaux.
La clé résidait dans la capacité à répéter indéfiniment le même segment d'un disque. Après de nombreux échecs, il a découvert qu'en faisant tourner le disque dans le sens inverse des aiguilles d'une montre pendant que le bras de lecture était abaissé, il pouvait revenir au début du break. C'est là que les mathématiques et la physique entrent en jeu. Il considérait le vinyle comme un instrument, utilisant le comptage des mesures et la cinétique pour synchroniser les rythmes.
Pour localiser rapidement les breakbeats, il marquait les disques avec des crayons de couleur et utilisait deux copies du même vinyle. Cependant, le tapis en caoutchouc de la platine gênait la rotation inverse fluide. S'inspirant des tissus utilisés par sa mère couturière, il a expérimenté avec du feutre pour remplacer le tapis en caoutchouc, puis a ajouté une couche de papier ciré (papier sulfurisé) entre le plateau métallique et le feutre pour optimiser la rotation.
Le défi suivant était de compter précisément les mesures pour maintenir la boucle. Il a marqué le disque avec un cercle et une ligne, comptant chaque passage de la ligne sous le bras de lecture. La découverte cruciale fut mathématique : il a réalisé qu'après avoir fait avancer le disque de quatre mesures, il devait le faire reculer de six mesures en sens inverse pour revenir exactement au début du break. Cette règle s'est avérée universelle pour les breaks de quatre mesures, quel que soit le genre musical.
La "cinétique" est le concept scientifique central pour Flash. Il explique que le son commence par le contact de l'aiguille avec le vinyle en rotation, se transforme en signal électrique via l'amplificateur, puis en mouvement physique dans les haut-parleurs. Il a tenté d'expliquer cette approche, mais a rencontré l'incompréhension. Sa première démonstration publique d'enchaînement de breakbeats dans un parc fut un échec, le public étant plus intrigué par le "comment" que captivé par le rythme.
Pour pallier le manque de réaction du public et sa propre timidité, il a introduit un maître de cérémonie, Keith Wiggins, pour animer la foule. Cela lui a permis de se concentrer sur sa technique. Il a également organisé des sessions de "record guys" où les disques circulaient rapidement, permettant des sets prolongés. Des disques comme "Trans Europe Express" de Kraftwerk ou "The Mexican" de Babe Ruth offraient des moments de répit où la musique permettait une pause.
Sa méthode, bien que révolutionnaire, lui a valu l'hostilité de certains DJs traditionnels qui considéraient ses marques sur les vinyles comme un sacrilège. Trouver des engagements professionnels fut difficile, car de nombreux propriétaires de clubs craignaient les réactions négatives. Finalement, Reggie Wells lui a donné une chance au Club 371, où son style a été accueilli avec enthousiasme. Plus tard, il a obtenu une résidence le mardi soir dans un club disco, surnommé "Terrible Tuesdays", qui s'est rapidement transformé en leur créneau du samedi soir, supplantant le DJ résident.
Concernant l'équipement, Flash a commencé par récupérer des platines abandonnées. Il a développé la "théorie du couple" pour évaluer la force des platines, cherchant celles qui atteignaient rapidement leur vitesse de rotation. Après avoir testé diverses marques, il a découvert les platines Technics SL-23, dont la vitesse de démarrage était impressionnante. L'acquisition de deux de ces platines a nécessité des petits boulots pour amasser les 150 dollars nécessaires.
L'innovation ne s'est pas arrêtée là. Il a dû adapter les aiguilles et les cellules. Les aiguilles elliptiques, bien que produisant un meilleur son, avaient tendance à sauter lors de la rotation inverse, tandis que les aiguilles coniques, moins performantes, restaient en place. Il a également expérimenté avec les cellules céramiques et magnétiques, préférant ces dernières pour leur qualité sonore.
Le problème majeur restant était le pré-écoute dans le mixeur. Les équipements de l'époque ne disposaient pas de cette fonctionnalité. Flash a donc conçu un système de pré-écoute externe, le "peek-a-boo system", composé d'un interrupteur et d'un amplificateur externe, lui permettant d'entendre le morceau suivant avant de le diffuser. Il a dû construire lui-même de nombreux éléments de son équipement, transformant le DJing en une discipline nécessitant une compréhension technique approfondie.
Il distingue sa méthode du "mixing" traditionnel, qu'il appelle "seamless looping" (bouclage sans couture), et le voit comme l'ancêtre du sampling. Il considère ses innovations comme des contributions fondamentales à la culture hip-hop, révélées maintenant après des années de discrétion. Il souligne que ces avancées ne sont pas tombées du ciel, mais sont le fruit de mathématiques, de sciences et de lutte.
Le livre "Birth of a Culture" vise à expliquer que cette créativité urbaine n'est pas née par hasard, mais est le résultat d'un processus scientifique et communautaire. Flash insiste sur l'importance de la synchronisation et de l'harmonie dans la musique, notamment pour permettre aux rappeurs d'avoir une base musicale solide pour s'exprimer. Il évoque la rivalité et la collaboration entre les différents quartiers du Bronx, chacun développant sa propre identité musicale. Le concept de "disarray in unison" (désordre à l'unisson) est ce qu'il a cherché à éviter, en maintenant la cohésion rythmique.
Il conclut en soulignant que le principe du bouclage continu, qu'il a initié, est à la base du sampling et de la production musicale moderne, un héritage qu'il est fier de partager.