
À quoi ressemble l’investissement quand on a 5M€ ?
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Nous allons analyser le patrimoine d'un professionnel de la santé, un médecin libéral de 38 ans, qui n'a rien hérité et a tout construit par son travail. Il se verse 21 000 € par mois, et son patrimoine brut atteint 4,7 millions d'euros. Son objectif est d'arrêter de travailler, ou du moins de lever le pied, à 50 ans, soit dans 12 ans. Romain Mar, ingénieur patrimonial chez Finary, nous accompagnera pour cette analyse.
Ce professionnel libéral a un cash-flow mensuel total de 41 000 €, qu'il ne distribue pas entièrement. Il utilise une structure de société (une SELARL) avec une trésorerie professionnelle. Ce niveau de revenus est stratosphérique, d'autant plus qu'il vient d'un milieu modeste et a bâti son patrimoine seul, notamment via l'immobilier pour obtenir des crédits et réaliser ses premiers investissements. Sa stratégie est de prioriser les enveloppes fiscalement avantageuses comme le PER, le PEA et l'assurance vie, qui sont des enveloppes capitalisantes. Celles-ci permettent aux gains de se composer sans imposition tant que les fonds ne sont pas retirés.
En revanche, sa trésorerie professionnelle est investie dans un compte-titres (CTO) au sein de sa société. Contrairement aux enveloppes capitalisantes, les gains latents ou réalisés dans un CTO d'entreprise sont imposés annuellement à 25 % au titre de l'impôt sur les sociétés. C'est un dilemme central pour lui : investir via la société (avec un impôt annuel sur les sociétés mais un capital plus important) ou via des enveloppes personnelles (impliquant une fiscalité sur les dividendes à la sortie de la société, mais une capitalisation plus efficace sans impôt annuel sur les gains). Il privilégie actuellement les enveloppes fiscalement intéressantes, mais aussi le CTO professionnel, ce qui est assez étonnant.
Sa philosophie d'investissement repose sur la diversification mondiale, des frais planchers et un horizon très long terme (plus de 12 ans).
Concernant l'immobilier, il génère 5 300 € de cash-flow mensuel via des biens en LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel). Ce montant est élevé, et la question se pose de savoir pourquoi il n'est pas considéré comme loueur meublé professionnel (LMP). Pour être LMP, il faut un niveau de recettes annuelles supérieur à 23 000 € (ce qu'il dépasse largement avec 5 300 €/mois) et que les revenus locatifs soient supérieurs aux revenus professionnels du foyer. Avec 21 000 € de revenus professionnels mensuels, il a encore une marge confortable avant de passer en LMP. Le statut LMP pourrait devenir pertinent lorsque son activité professionnelle ralentira.
Ses revenus mensuels se répartissent comme suit : 21 000 € de rémunération de dirigeant (qui lui reviennent personnellement), 5 300 € de LMNP (aussi à titre personnel), et 15 300 € de bénéfices restant dans la SELARL. Il investit 17 300 € par mois : 1 000 € dans l'assurance vie, 3 300 € dans le PEA (il atteindra bientôt le plafond de 150 000 € de versements), et 13 000 € dans le compte-titres professionnel chez Boursedirect.
Ses dépenses mensuelles s'élèvent à 7 400 € (jardinier à 750 €, crédits immobiliers, courses pour sa famille mariée avec deux enfants). À cela s'ajoutent 5 500 € d'impôts et des pensions alimentaires (signe d'une séparation antérieure), ainsi que des frais de voyage. Les investissements, notamment via le CTO pro, représentent le poste le plus important. Les remboursements de crédits immobiliers (près de 7 000 €/mois) peuvent être considérés comme un investissement, constituant son patrimoine immobilier et générant des revenus complémentaires à terme.
Son patrimoine brut est de 6,2 millions d'euros. La résidence principale représente une part importante. Le reste est constitué d'investissements LMNP (immeubles de rapport) systématiquement financés par des emprunts. Le montant total des emprunts est de 5,1 millions d'euros pour un immobilier évalué à 4,9 millions d'euros. Il a sécurisé un taux d'emprunt moyen très faible (autour de 1,10 %), inférieur au taux sans risque actuel (taux directeurs des banques centrales), ce qui est un avantage majeur de l'immobilier.
Concernant ses placements en actions, il investit dans son assurance vie et son PEA. Le PEA est presque plafonné à 150 000 € de versements. Il pourrait envisager un PEA PME pour atteindre un plafond global de 225 000 €. L'avantage du PEA est une imposition uniquement aux prélèvements sociaux après 5 ans, un avantage que l'assurance vie n'offre pas en termes de transmission.
Les investissements via la holding (Yomoney et Link CA) sont des comptes-titres professionnels. La fiscalité pour les sociétés est plus complexe que pour les comptes-titres personnels, avec une fiscalité latente sur les plus-values d'ETF. Cette approche n'est pas jugée "hyper optimisée".
Il envisage de louer sa résidence principale pour placer le cash et vivre à Paris tout en gardant un pied-à-terre dans le sud. Nous avons simulé trois options sur 10 ans :
1. **Conserver la résidence principale :** Son patrimoine net lié à la résidence principale serait de 1,8 million d'euros. Cette option ne lui permet pas d'investir davantage dans le financier.
2. **Location longue durée :** Le patrimoine serait légèrement inférieur (1,7 million d'euros). Il conserverait son crédit à 1,10 %, mais les cash-flows seraient négatifs en raison du coût de son logement à Paris (hypothèse de 36 000 €/an) et d'une fiscalité importante (il perdrait la moitié des 90 000 € de revenus locatifs annuels). Il perdrait également l'abattement de 30 % sur l'IFI pour la résidence principale. Cette option n'est pas très efficace financièrement.
3. **Location saisonnière (Airbnb) sur 90 jours :** C'est l'option la plus intéressante financièrement, avec un patrimoine de 2,3 millions d'euros. Elle lui permettrait de générer 39 000 € de cash-flows annuels (hypothèse de 120 000 € de recettes brutes annuelles, 35 % de charges, imposition à 50 %) qu'il pourrait réinvestir dans du financier (rendement net de 6,5 %). Il pourrait profiter de sa maison le reste de l'année. Cependant, cette option implique une gestion importante (touristes, gestion des biens) et une organisation personnelle.
Sa deuxième question porte sur l'organisation des prélèvements une fois son patrimoine cible de 5 millions d'euros atteint à 50 ans, pour se verser un revenu de 15 000 à 16 000 € net par mois.
Nous avons comparé deux schémas de capitalisation :
1. **Capitalisation dans la société (SELARL) :** Il laisse les liquidités dans sa société, paie l'impôt sur les sociétés (IS) sur les gains (25 % annuels), et à terme, il pourra retirer des dividendes. Cependant, pour un professionnel libéral, la sortie du capital n'est pas toujours simple. Contrairement aux sociétés holding qui peuvent vendre l'activité, une SELARL ne permet pas toujours de céder la patientèle ou le fonds de commerce, ce qui pourrait contraindre à une liquidation de la société avec une imposition unique et potentiellement très élevée sur le boni de liquidation.
2. **Sortie des liquidités de la société pour les réinvestir personnellement :** Cela implique une fiscalité sur les dividendes (flat tax de 31,4 % actuellement) au moment de la sortie de la société, mais permettrait de réinvestir dans des enveloppes comme l'assurance vie, où les gains ne sont pas fiscalisés annuellement.
Une simulation sur 20 ans montre que, bien que la capitalisation directe dans la société (3 millions d'euros initialement) semble plus avantageuse que l'investissement personnel après impôt sur les dividendes (1,8 million d'euros initialement), l'assurance vie voit sa courbe de valorisation augmenter légèrement plus vite car il n'y a pas d'IS annuel. De plus, si l'on prend en compte l'imposition à la sortie (dissolution de la société), la différence se réduit considérablement. En réalité, un boni de liquidation est souvent imposé à un taux plus élevé qu'une distribution de dividendes réguliers, ce qui pourrait rendre l'assurance vie légèrement gagnante sur le long terme. Il est crucial d'anticiper l'impôt, même s'il est psychologiquement difficile de payer une fiscalité importante aujourd'hui pour réinvestir moins.
Concernant les leviers non utilisés, le PER (Plan d'Épargne Retraite) est une fausse bonne idée dans son cas. Bien qu'il offre un avantage fiscal sur les versements, les fonds sont bloqués jusqu'à l'âge légal de départ à la retraite, qui n'est pas 50 ans. Il ne pourrait donc pas accéder à ce capital pour financer sa retraite anticipée.
Enfin, des aspects de la situation familiale doivent être considérés. Il est pacsé et a deux enfants d'une union précédente.
- **Transmission :** La transmission d'une SELARL est plus complexe que celle de liquidités via une assurance vie. Les holdings libérales (SPFPL) n'offrent pas la même flexibilité que les holdings classiques pour intégrer progressivement les enfants au capital. L'assurance vie est l'outil de transmission personnel le plus adapté. L'immobilier avec de la dette au sein d'une société est aussi un excellent outil pour transmettre un patrimoine à moindre coût fiscal, car la société a une faible valeur initiale et les enfants s'enrichissent au fur et à mesure du remboursement de la dette.
- **Protection du conjoint survivant :** Le PACS offre moins de protection que le mariage. Il serait judicieux d'explorer les options de protection du conjoint, même partielles (ex: testament pour sécuriser la résidence principale), d'autant plus que sa compagne a également un patrimoine et des revenus importants.
- **Protection des enfants mineurs :** En cas de décès, l'ex-épouse pourrait avoir la main sur le patrimoine du premier enfant jusqu'à sa majorité. Des mécanismes juridiques peuvent être mis en place pour éviter cela.
La diversification ne doit pas se limiter au nombre de lignes d'investissement (ETF), mais doit réellement réduire le risque du portefeuille. Son allocation actuelle (38 % d'actions américaines, actions européennes, japonaises, émergentes, chinoises, peu d'or et d'obligations) présente des corrélations très fortes entre les actions, ce qui signifie que son portefeuille réagirait de manière similaire en cas de crise. Lors de la bulle internet (2000), son portefeuille aurait perdu 43 %, et lors de la crise financière de 2008, 50 %. Dans ces cas, il faut 8 à 10 ans pour récupérer son capital, ce qui est incompatible avec son objectif de retraite dans 12 ans. Une vraie diversification impliquerait d'ajouter des classes d'actifs peu corrélées comme l'or, l'infrastructure ou les private assets.
Concernant sa capacité d'endettement, il utilise 7 000 € de crédits immobiliers sur 41 000 € de cash-flow. À 38 ans, avec un objectif à 50 ans, il a encore une belle capacité à s'end