
Produits structurés : la prochaine bombe a retardement de l'assurance-vie ?
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La démocratisation des produits structurés est au cœur des discussions de cette émission, où deux experts, Xavier Laborde (Silex) et Nicolas Lefebvre (Club Funding), partagent leurs analyses. Les produits structurés, une classe d'actifs en croissance constante, ont connu une augmentation annuelle de 25 % au cours des trois dernières années, atteignant des volumes considérables. Ils permettent de viser des rendements annuels de 30 à 40 % lorsque la volatilité du marché le permet.
Xavier Laborde, co-fondateur et CEO de Silex, une entreprise spécialisée dans la construction et la distribution de produits structurés, a découvert ce secteur il y a 25 ans. Silex, créée en 2016, combine expertise technologique et financière pour servir une clientèle professionnelle (wealth management, CGP, banques privées, instituts et trésoriers d'entreprise), ayant déjà distribué plus de 30 milliards d'euros de produits structurés. La croissance de cette classe d'actifs est indéniable, avec un marché mondial estimé à 1400-1500 milliards d'euros l'année dernière.
Nicolas Lefebvre, DG et en charge de la gestion privée chez Club Funding, explique que leur diversification vers les produits structurés répond à un besoin de relais de croissance, notamment face à un marché immobilier moins porteur. Club Funding, initialement leader en dette privée immobilière, s'adresse désormais à une clientèle de particuliers (B2C) via sa plateforme, proposant des produits structurés à partir de 1000 euros. Ils mettent l'accent sur la pédagogie pour expliquer ces produits, dont le risque de perte en capital.
La définition des produits structurés est clarifiée : il s'agit de formules aux règles du jeu connues à l'avance, où le potentiel de gain, de perte et les conditions sont définis dès le départ. Ils peuvent être adossés à divers sous-jacents (actions, indices, crédit) et conçus pour optimiser un rendement, se protéger contre une hausse des taux, ou encore offrir une protection en capital.
Trois grandes familles de produits structurés rencontrent un succès particulier :
1. **Produits à durée courte (1-2 ans)**, avec des rendements supérieurs à 10 %, souvent sur des sous-jacents uniques ou deux sous-jacents (mécanisme du "worst of"). Ils incluent des coupons garantis, assurant un rendement quoi qu'il arrive à la valeur du sous-jacent.
2. **Produits à capital garanti**, visant à sécuriser le capital sur des durées de 5 à 7 ans, plus courtes que celles proposées par les assureurs traditionnels.
3. **Produits "target"** recherchant des rendements élevés (30-40 % annuels), lorsque la volatilité du marché le permet, mais impliquant un risque significatif. Ces produits ne conviennent qu'à une petite partie du patrimoine, avec des risques maîtrisés.
Les produits structurés représentent une part importante de l'assurance-vie en France, avec environ 60 milliards d'euros collectés, dont 80 % sont logés dans ces enveloppes fiscales. Club Funding propose une alternative en direct, en nominatif pur, permettant une diversification accrue du portefeuille dès 1000 euros.
Le jargon technique comme "sous-jacent", "coupon", "barrière" et "autocall" est décortiqué. Le sous-jacent est l'actif sur lequel le produit est basé. Le coupon est le rendement versé périodiquement. La barrière de protection définit le seuil en dessous duquel le capital devient à risque, souvent située entre -30 % et -40 % du niveau initial. L'"autocall" (rappel anticipé) permet au produit d'être remboursé avant sa maturité si le sous-jacent atteint un certain niveau, libérant ainsi le capital et le rendement acquis. Ces produits sont conçus pour optimiser un scénario de risque, en acceptant de limiter la hausse du marché en contrepartie d'un rendement régulier et d'une protection du capital.
La crise des produits structurés adossés à l'action Stellantis illustre les risques. Vendus au public, certains de ces produits valent aujourd'hui à peine 10 % de leur valeur initiale, suite à la chute de l'action de 26 euros à environ 4 euros. L'exemple de Stellantis met en lumière les dangers des produits mono-sous-jacents, particulièrement lorsque le dividende, un moteur de rendement supplémentaire (mécanisme du "décrément"), est supprimé et que le cours de l'action s'effondre. Ces produits, émis potentiellement lorsque l'action était à son plus haut, ont subi une double peine.
Xavier Laborde insiste sur la responsabilité de Silex dans la distribution, affirmant qu'ils n'ont pas mis en avant les produits Stellantis car leur équipe de recherche n'était pas à l'aise avec le sous-jacent. Il souligne que le risque intrinsèque du sous-jacent doit être analysé par les distributeurs, qui ne sont pas toujours équipés pour cela. Il met en garde contre le "chant des sirènes" des coupons trop attractifs, qui masquent souvent un risque élevé.
Le mauvais produit est défini non pas par sa structure intrinsèque, mais par sa inadéquation avec les besoins du client ou par une explication insuffisante de ses risques. Le rôle du conseiller est crucial pour expliquer les scénarios défavorables et les pertes potentielles. La responsabilité du régulateur et des intermédiaires est mise en avant pour garantir la transparence.
La liquidité des produits structurés est comparable à celle d'une action ou d'un ETF. Bien qu'ils ne soient pas cotés sur un marché boursier au sens strict, leur valeur est déterminée quotidiennement par la banque émettrice, qui se couvre sur les marchés financiers. Un investisseur souhaitant sortir de son produit peut le vendre à sa banque, qui le rachète en se positionnant sur le marché sous-jacent.
Concernant les frais, le rapport AMF/ACPR a révélé des coûts allant jusqu'à 13 % sur certains produits. Ces frais proviennent d'une chaîne de distribution complexe incluant la banque d'investissement, les courtiers, les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) et les assureurs. Les marges des banques d'investissement se situent autour de 0,25 % (25 points de base), tandis que les intermédiaires et les CGP peuvent prélever des commissions plus importantes, allant de 1 % à plusieurs pour cent, en fonction de la durée et de la complexité du produit. La documentation clé d'information (KID/DIC) est censée fournir une transparence sur ces coûts, bien que sa lecture puisse être ardue pour l'investisseur.
En termes de rendements réalistes pour un produit moyen, sans prise de risque excessive :
* **Produits à capital garanti (100 % protégé)** avec un sous-jacent unique ou un "worst-of" de deux valeurs connues, on peut viser 7 % sur 6 à 7 ans.
* Pour des produits avec une protection du capital de 50 % sur le capital, sur des durées plus courtes (5-6 ans), avec un rendement visé entre 8 et 10 %, le mécanisme d'"autocall" est privilégié.
* Les produits "target" peuvent offrir des rendements plus élevés (13-15 %) mais avec un risque accru.
La construction d'un produit structuré idéal pour un jeune de 30 ans combinerait un autocall sur l'Euro Stoxx 50, une barrière de protection du capital à -50 %, une maturité maximale de 5 à 6 ans, et un rendement annuel entre 8 et 10 %. Ce produit serait remboursable trimestriellement, offrant un rendement de 10 % par an, avec une protection du capital à 50 % sur la durée. Si le produit n'est pas rappelé et que l'indice est entre 0 et -50 %, le capital est récupéré intégralement. Au-delà de -50 %, la perte correspond à celle de l'indice.
La croissance du marché des produits structurés est prévue à deux chiffres pour les années à venir, dépassant les estimations de collecte de 66 milliards d'euros pour 2025. Le contexte de taux d'intérêt élevés rend les OAT (obligations d'État) attractives, mais les marchés actions restent dynamiques. Les produits structurés, en offrant une protection du capital tout en participant aux hausses des marchés, permettent de capter la performance tout en limitant les pertes potentielles lors de corrections. Ils peuvent également être construits sur d'autres actifs que les actions, comme les taux d'intérêt ou les matières premières. L'importance de la pédagogie et de l'accompagnement par des conseillers compétents est soulignée pour naviguer dans ce marché complexe.