
Il a survécu à l’attentat du 11-Septembre
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Aujourd'hui, nous allons raconter l'histoire incroyable de Bruno Délinger, qui, il y a 25 ans, travaillait à New York, au 47e étage de la tour nord du World Trade Center. Le 11 septembre 2001, à 8h46, un avion percute la tour. Près de 3000 personnes perdront la vie dans cet attentat. Bruno a vécu ce drame et en porte encore les séquelles, comme le bruit d'un métro qui le tétanise car il lui rappelle l'effondrement. Il accepte de nous raconter ce qu'il a vu, ressenti, et comment il s'est reconstruit.
Bruno décrit l'impact initial comme d'une force extraordinaire. La tour oscille dangereusement, les haubans grincent, et des morceaux de façade et d'avion tombent. La stupeur les envahit car, bien que la tour bouge parfois par grand vent, c'est au-delà de l'entendement. Il doit tenir son adjointe Suzanne, tant la tour tangue. Il sait que c'est un avion, mais ne peut imaginer que cette tour, qu'il perçoit comme indestructible, puisse s'écrouler. Il la voyait comme une sentinelle de Manhattan. Ce sentiment de sécurité le garde serein. Il continue de répondre au téléphone, disant aux parents de ses employés qu'ils sont partis, car il les a fait évacuer. Lui-même ne s'inquiète pas, se considérant comme le capitaine qui quitte le navire en dernier.
Pourtant, une voix intérieure lui intime de partir immédiatement, une voix qu'il écoute. Ses employés avaient déjà évacué. Ils avaient ouvert la porte de son bureau, relativement épargné, et avaient vu des gens hurler, traumatisés par l'attentat de 1993, et courir. Bruno leur a dit de partir, mais n'était toujours pas inquiet.
Il quitte son bureau environ 20 minutes après l'impact. Il a pris le temps de remettre en place des œuvres d'art, car son bureau était aussi un espace d'exposition. Il n'a oublié qu'une chose : faire des sauvegardes informatiques, pensant qu'elles étaient chez lui alors qu'elles étaient au bureau. Il n'emporte que son téléphone à clapet et son agenda électronique, laissant son ordinateur portable, pensant pouvoir revenir le chercher plus tard.
L'évacuation par les escaliers est dramatique. Le couloir est rempli de fumée, tout est effondré, des fluides tombent. Il suit un groupe de personnes mais prend un escalier différent, celui qu'il a appris à prendre lors des entraînements. Ce groupe ne s'en sortira pas.
La descente est angoissante. Il fait une chaleur insoutenable, le système de climatisation étant coupé. Des alarmes stridentes retentissent. Rapidement, la file d'attente s'allonge jusqu'au 40e étage. Des personnes des étages supérieurs, gravement brûlées, sont évacuées en priorité. Des services de sécurité montent, épuisés. Bruno croise un homme à la hache qui lui sauve la vie indirectement : il pense remonter pour fermer son bureau à clé, mais la vision de cet homme lui fait renoncer.
La vue de ces personnes brûlées est bouleversante, mais un mécanisme de défense se met en place pour éviter la panique et rester concentré sur la descente. Il ne réalise toujours pas qu'il s'agit d'un attentat. La descente dure 50 minutes. Il apprend qu'une deuxième tour a été touchée par un texto reçu par une personne devant lui, mais il ne comprend pas la gravité de la situation, pensant toujours à un accident. Ce n'est qu'en voyant les images le soir qu'il comprendra l'ampleur de l'attentat.
Il est obsédé par l'idée de ne pas mourir dans ces escaliers, ni plus tard dans une salle des coffres. Il ne veut pas une mort "pas intéressante". Il se concentre sur chaque marche, refusant de céder à la panique. Dans les escaliers, malgré la fumée, la chaleur et les sirènes, une ambiance de solidarité règne. On se propose de l'aide, on plaisante. On lui propose un autre chemin par la plateforme des ascenseurs rapides, mais il ne le sent pas et revient sur ses pas. Des agents de sécurité brisent des distributeurs de boissons pour les distribuer.
Il se souvient de son adjointe Suzanne, toujours avec sa banane à la main, un souvenir amusant au milieu de la tragédie.
Après 50 minutes, il sort par le centre commercial souterrain. En remontant un grand escalier mécanique, un officier de police hurle : "Sortez, sortez, ça s'écroule !" Il est perplexe, se met à courir, sort dans la rue, lève la tête et voit la tour en feu. Il fait un pas de plus pour mieux voir, et c'est à ce moment-là que la deuxième tour s'écroule.
New York est une ville blessée. Des gens courent dans tous les sens, des sirènes retentissent, des morceaux de corps sont dans la rue. Il se trouve à 50 mètres de la tour lorsqu'elle s'effondre. Il voit alors le "Kill Cloud", un nuage monstrueux, haut de plus de 500 mètres, composé de verre, de poudre, de poutrelles, de papiers, de tout ce que contenaient les immeubles. Ce nuage est précédé d'une poche d'air violente. Il court, se met derrière un pilier, et est englouti par le vent, puis par la matière.
Le nuage est si épais que la lumière ne passe plus, tout est plus noir que la nuit. Il est impossible de respirer et le son est coupé. Son inconscient interprète cela comme une situation impossible, non terrestre, et il se dit qu'il est mort.
Après ce qu'il appelle "l'orage nucléaire", une lumière jaunâtre réapparaît. Un officier du FBI, depuis l'intérieur d'une banque, le voit et le tire à l'intérieur. Il est déjà comateux, le bruit est sourd. Son seul instinct est de chercher la sécurité. Il se cache au fond de l'agence, dans des toilettes. Une personne lui dit de cracher tout ce qu'il a dans la bouche, car les cendres sont partout : dans les dents, les oreilles, sous les paupières, dans les narines. Il essaie de se laver le visage, mais la cendre colle. Le fait de tousser lui sauve probablement la vie, car des amis mourront d'inhalations.
Il tente frénétiquement de joindre ses proches. Rien ne passe. Il appelle son meilleur ami, Mourad, qui habite Midtown. Il tombe sur sa femme et lui demande d'appeler d'autres numéros pour dire qu'il est en vie. Il raccroche. À ce moment, des gens hurlent dans la banque : "La tour numéro 1 va s'effondrer."
Pour lui, c'est épouvantable. Il ne sait pas où sont ses employés, et il réalise qu'il va tout perdre, des années de travail. On lui propose de descendre dans la salle des coffres, mais il refuse, ne voulant pas mourir dans une salle des coffres, une mort qu'il trouve ridicule. Il assiste à l'effondrement de la première tour, voyant la tour se casser et s'écrouler, puis le "orage nucléaire" une seconde fois. Il est dévasté, sans avenir, rempli d'une immense détresse.
Lorsque la pénombre jaunâtre revient, il interroge un officier du FBI qui lui dit que le pont de Brooklyn pourrait être une cible, et de ne pas y aller. Il lui conseille aussi d'aller à l'hôpital pour une piqûre contre l'anthrax, un sujet qu'il ignorait à l'époque.
Il quitte la banque et marche dans un champ de ruines, la poudre et les débris jusqu'aux genoux. Il rencontre des gens effrayés. Il essaie toujours d'appeler avec son portable à clapet. Au niveau de Hudson Street, une femme l'invite dans son magasin, lui offre un verre d'eau et le laisse utiliser son téléphone, mais rien ne passe. Elle le réconforte, et c'est le premier moment où il est proche de craquer, les larmes aux yeux.
En arrivant chez lui, il voit déjà des mémoriaux sur Union Square. Il réussit à joindre sa mère, et c'est là que les larmes coulent. Il réalise qu'il ne doit pas s'attendrir, sous peine d'être submergé par les émotions. Sa mère et son père regardent l'événement en direct, ayant été alertés par une amie artiste.
Son premier réflexe en rentrant chez lui est de se nettoyer. Il ne secoue pas son costume, mais récolte toute la poudre, pensant qu'elle pourrait contenir des restes humains. Cette cendre est hautement toxique, et il en garde un morceau avec respect, ayant vu la violence des événements.
Face à son reflet, il réalise qu'il n'est plus la même personne. Son innocence a été brisée par la violence et la soudaineté de ce qu'il a vécu. Le rêve innocent qu'il avait de vivre et travailler dans ces tours magiques est fracassé. Il méprise l'acte terroriste avec force aujourd'hui, mais ce jour-là, il aurait pu éventrer un des auteurs, tant il était révolté et blessé.
Il évoque le fait que de nombreuses victimes n'ont jamais été retrouvées, pulvérisées par la violence. Il a écrit son livre car il ne se reconnaissait pas dans les images médiatiques. Pour lui, ce qui importe, c'est la douleur et la générosité humaine. Il a ressenti la vilenie du monde, mais aussi la bonté et la solidarité. Il ne veut pas donner aux terroristes le plaisir de ne parler que de leur acte, mais plutôt de toutes ces valeurs qui se sont mises en marche.
Ses retrouvailles avec Victoria, sa compagne, sont étranges. Elle était en avion pour Minneapolis le matin de l'attentat et n'apprend la nouvelle qu'en voyant les écrans de télévision à l'aéroport. Elle rentre toute la nuit, mortellement inquiète. Leurs retrouvailles sont émouvantes, mais ils sont enfermés dans leur souffrance respective, incapables de se connecter pleinement.
Ses premières nuits sont incroyables. Il ne peut pas dormir, cherchant à comprendre en regardant les images en boucle. Il est sous le choc, incapable de traiter la magnitude de ce qui s'est passé.
L'écriture de son livre a été une thérapie. Il l'a écrit en deux mois. Pendant cette période, son visage était défiguré, gonflant et se déformant. Dès qu'il a envoyé le manuscrit à son éditeur, tout a disparu.
Il est retourné sur les lieux environ deux mois après les événements, tiré par des amis. C'était très difficile. Il a vu un morceau de façade restant avec des drapeaux, un symbole de nation et d'unité. Pendant des semaines, il était persuadé que les tours étaient toujours là, que ce n'était qu'un mauvais rêve. Son imaginaire les reconstituait. Lorsqu'ils ont mis les deux faisceaux de lumière pour symboliser les tours, il a été bouleversé de joie.
La reconstruction avec ses collègues a été une épopée incroyable. Suzanne ne peut plus prendre le train à cause de la peur. Jonathan est devenu presque hémiplégique suite au choc psychologique. Un ancien employé, contrairement à ce qu'il avait signé, avait gardé une copie de la base de données de l'entreprise, vieille de deux ans, mais précieuse pour la reconstruction.
Les anniversaires du 11 septembre sont toujours douloureux. Avant, il ressentait un malaise à l'approche de la date.