
Coup de poker à 250,000€. Il ouvre sa pâtisserie de luxe à Bangkok
Audio Summary
AI Summary
L'épisode de podcast met en lumière le parcours d'un boulanger-pâtissier français, Elias, qui a ouvert une boulangerie-pâtisserie de luxe appelée "La Parisienne" à Bangkok, en Thaïlande. L'entretien explore son histoire personnelle, les défis et les réussites de son entreprise, ainsi que ses conseils pour les entrepreneurs.
Elias a eu une enfance difficile, se retrouvant à la rue dès l'âge de 10 ans et dormant dans des squats. Il a ensuite été adopté et a connu des expériences de vie mouvementées, y compris un engagement dans l'armée à 21 ans, où il a servi pendant quatre ans et demi avant d'être réformé suite à une blessure. Ces expériences l'ont forgé et lui ont donné une perspective unique sur la vie, le poussant à croire que la vie ne vous enlève jamais rien sans vous donner quelque chose en retour. Il a toujours été motivé par le désir d'aider les autres et a voyagé très jeune, se rendant même en Éthiopie et en Somalie pour des missions humanitaires.
Après l'armée, Elias a décidé de se reconvertir dans la pâtisserie, se plongeant dans l'étude de la chimie et de la technologie des produits. Avant de s'installer en Thaïlande, il était chef au Guatemala pour une grande marque, où il gérait 35 personnes et gagnait très bien sa vie. Cependant, il n'était pas en accord avec les méthodes de gestion de son patron. C'est alors que son ami et futur associé l'a contacté pour ouvrir une pâtisserie en Thaïlande. Elias, ayant confiance en son ami, a décidé de tout quitter pour cette nouvelle aventure, sans même avoir visité Bangkok auparavant.
"La Parisienne" est ouverte depuis six mois au moment de l'interview. Elias a investi environ 100 millions de bahts (250 000 euros) dans l'établissement, situé à Thonglor/Ekkamai, un quartier considéré comme les "Champs-Élysées" de Bangkok. Le coût le plus élevé a été le système de refroidissement et les vitres isolantes spéciales, nécessaires pour maintenir la fraîcheur des produits dans un climat humide. La cuisine est équipée de matériel importé principalement de Taïwan, avec quelques éléments italiens.
Un des défis majeurs en Thaïlande est l'humidité, qui rend la fabrication de viennoiseries comme les croissants particulièrement complexe. Elias explique que le processus est beaucoup plus exigeant qu'en France, ce qui justifie le prix plus élevé des produits. Il a dû adapter ses techniques, notamment en utilisant une chambre froide à 17-18 degrés et un four spécial pour assécher les viennoiseries.
Les pâtisseries d'Elias se distinguent par leur qualité et leur créativité. Il n'utilise pas de sucre blanc raffiné, mais des sucres de coco, de canne non raffinés et du miel, privilégiant les produits locaux. Son chocolat vient de Chiang Mai et sa vanille de Madagascar, auprès d'un producteur qu'il connaît personnellement. Parmi ses créations, on trouve une tarte au citron à l'huile d'olive et basilic, ainsi qu'une ganache chocolat Tonka et piment. Pour Elias, la pâtisserie est un art où la créativité est primordiale, et bien que les recettes puissent être copiées, l'originalité et la personnalité de l'artiste ne le sont jamais.
Elias dirige une équipe de six employés, qu'il a formés pendant deux mois avant l'ouverture. Il insiste sur l'importance de la qualification et de la juste rémunération, payant ses employés entre 25 000 et 26 000 bahts par mois, indépendamment de leur nationalité. Il dénonce les pratiques de certaines entreprises qui sous-payent les employés en fonction de leur pays d'origine.
La gestion du personnel thaïlandais demande une approche différente de celle en France. Elias souligne l'importance de l'adaptation et du respect. Plutôt que d'imposer, il privilégie la pédagogie et la patience, expliquant que les Thaïlandais, lorsqu'ils sont passionnés et se sentent impliqués, sont extrêmement dévoués. Il raconte même que ses employés refusent de rentrer chez eux après leurs heures de travail et ne veulent pas être payés pour les heures supplémentaires, allant jusqu'à lui rendre l'argent qu'il leur donne.
Le loyer de la boulangerie est de 100 000 bahts par mois pour un local de quatre étages. Elias a cherché un emplacement pendant un an et demi à Bangkok, faisant face à des problèmes d'électricité, de travaux ou d'accès pour la hotte dans de nombreux locaux. Bien que son emplacement actuel ne soit pas dans une rue très passante et manque de parking, il a été attiré par le loyer et l'espace disponible.
Elias met en garde contre la sous-estimation du marketing. Même avec des produits de haute qualité, il est crucial de faire du marketing pour survivre à la forte concurrence à Bangkok. "La Parisienne" a réussi à obtenir d'excellentes critiques en ligne grâce à la qualité de ses produits, ce qui génère un bouche-à-oreille positif.
Le modèle économique de "La Parisienne" repose sur les ventes directes, mais aussi sur le B2B (Business to Business), notamment la vente aux hôtels et restaurants. Elias constate un intérêt croissant de la part de professionnels qui cherchent des produits de qualité supérieure, ce qui lui permet de développer cette facette de son activité sans avoir encore investi dans le démarchage commercial. Il envisage même d'envoyer ses pâtisseries réfrigérées à Phuket.
La clientèle d'Elias est majoritairement composée de Japonais et de Thaïlandais, particulièrement des femmes japonaises le week-end, qui sont des clientes régulières et aimables.
Parmi les difficultés rencontrées en Thaïlande, Elias cite la recherche du local, la compréhension et l'adaptation à la culture de travail avec le personnel, et la nécessité de se discipliner pour éviter les tentations de Bangkok.
Quant aux bonnes surprises, il mentionne la facilité des services (livraison, accessibilité), la personnalité honnête et digne de confiance des Thaïlandais, et la paix et la tranquillité de vie. Il apprécie l'absence de la lourdeur administrative et fiscale qu'il a connue en France, où il estime que le système est basé sur l'assistanat plutôt que sur l'entrepreneuriat.
En conclusion, Elias encourage les Français à faire du business en Thaïlande, à condition d'apporter une plus-value au pays d'accueil, de s'entourer de personnes partageant la même vision, de faire preuve d'empathie et de s'adapter à la culture locale. Son parcours est un témoignage de résilience, de passion et de succès, prouvant qu'avec de la détermination et une approche humaine, il est possible de surmonter les obstacles et de réaliser ses rêves.