
Qui seront les grands gagnants sur les marchés pour fin 2026 ?
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La discussion, animée par Sébastien Couderc dans "Allo la Martingale", réunit Jérémy Blackwell, fondateur de Blackwell Family Office, et Bertrand Lamiel, directeur général de Porz en Part Gestion, pour analyser les perspectives du marché boursier et identifier les valeurs à privilégier d'ici la fin de l'année 2023 et au-delà.
**Sentiment de Marché et Perspectives Générales**
Bertrand Lamiel se montre globalement confiant, soulignant que la fin septembre, historiquement le mois le plus faible, laisse place à une saisonnalité plus favorable. Les publications de résultats estivales ont été de bonne facture, et malgré une volatilité attendue liée aux élections de mi-mandat aux États-Unis, il anticipe une amélioration. Jérémy Blackwell adopte une posture prudemment optimiste, reconnaissant les incertitudes liées à la hausse des taux, au prix du pétrole et aux élections américaines. Cependant, il note une rotation récente du marché, avec une baisse des valeurs technologiques axées sur l'IA et une remontée des valeurs logicielles, rendant le marché potentiellement plus sain.
**Le CAC 40 : Une Sous-Performance Expliquée**
Le CAC 40 est perçu comme le "dernier de la classe" par rapport à la zone euro. Bertrand Lamiel attribue cette sous-performance à une composition sectorielle défavorable, notamment la sous-représentation des banques par rapport à d'autres indices européens, et la forte pondération de secteurs en difficulté comme le luxe. Il mentionne également des "paniers de valeurs françaises" vendus par des brokers américains, suggérant une défiance envers le marché français, amplifiée par les débats politiques précédant les élections présidentielles. Le secteur du luxe, autrefois moteur du CAC 40, connaît un retournement, avec des valeurs comme LVMH et Hermès en difficulté, manquant de catalyseurs positifs. Jérémy Blackwell partage cette analyse, soulignant la baisse de 30% du secteur du luxe, et émet des réserves sur le secteur, le jugeant pas encore bon marché malgré sa baisse, faute de catalyseurs clairs, comme un plan de relance en Chine. Il évite le secteur du luxe depuis deux à trois ans, anticipant que le point bas n'est pas encore atteint.
**Éclairis : Un Outil d'Analyse Comportementale**
Jérémy Blackwell présente Éclairis (ECLARIS), un outil gratuit disponible sur les stores publics, conçu pour aider les investisseurs à naviguer sur les marchés. Inspiré par la finance comportementale et les travaux de Prix Nobel, l'outil attribue une note quotidienne à 1500 valeurs européennes et 600 valeurs américaines, basée sur leur état de forme, en utilisant des codes couleurs pour simplifier l'analyse. Il vise à contrer le "biais de disposition", cette tendance naturelle à vendre rapidement ses gains et à conserver indéfiniment ses pertes. Éclairis propose des solutions alternatives en cas de mauvaise note, comme réduire sa position ou vendre. L'outil se concentre sur le momentum fondamental, c'est-à-dire la révision des prévisions de chiffre d'affaires, de marges et de bénéfices par action par les analystes. Une note entre 75 et 100 indique une valeur en forme, souvent corrélée à des révisions d'analystes à la hausse, et tend à réduire la volatilité. L'outil permet également d'identifier des zones d'investissement potentielles lors des phases de controverse, où les analystes divergent mais où certains commencent à voir des opportunités.
**Secteur Technologique : Hardware vs. Software**
La discussion aborde le dilemme entre le hardware (semi-conducteurs) et le software (logiciels) dans le secteur technologique. Jérémy Blackwell, après avoir parié sur le rebond du software avant l'été (SAP, ServiceNow), estime qu'une rotation tactique vers les semi-conducteurs et les valeurs hyperscalers sous-évaluées est désormais pertinente. Il cite Micron, Nvidia et Broadcom comme redevenant "pas très chers", malgré les craintes sur la durée du cycle de l'IA. Les résultats de Nvidia et de Sop (sic) suggèrent un potentiel d'investissement IA persistant. Il souligne que des entreprises comme Micron, ayant vu leurs bénéfices multipliés par 15, présentent des ratios de valorisation (PER projeté pour l'an prochain à peine à 6) très attractifs, similaires à ceux des startups, malgré leur taille gigantesque et leur croissance de chiffre d'affaires x4 (pour Micron, passant de 9 à 40 milliards).
Bertrand Lamiel, quant à lui, a conservé une forte pondération dans le hardware, mais a ouvert la porte au logiciel suite aux bons résultats de SAP. Il apprécie Micron (note 91 sur son radar) pour la multiplication par 100 de ses bénéfices en deux ans, surpassant la hausse du cours. Il met en avant le secteur de la cybersécurité (Palo Alto, CrowdStrike, Fortinet, Okta) comme une tendance forte, avec un nouveau narratif lié à la gestion des accès pour l'IA, au-delà de la simple protection externe. Il mentionne également les ESN (Entreprises de Services du Numérique) comme un secteur à surveiller pour une arrivée ultérieure, lorsque les entreprises annonceront des contrats liés au développement de l'IA et de la cyber.
**Choix Spécifiques dans la Tech**
Parmi les semi-conducteurs, Jérémy Blackwell préfère Broadcom à Nvidia, qu'il juge moins risqué. Il voit un côté "circulaire" chez Nvidia, avec un financement important des clients, tandis que Broadcom se concentre sur des puces sur mesure pour les hyperscalers, les rendant moins dépendants de Nvidia. Il mentionne également la française CRSI, une petite valeur outsider spécialisée dans les serveurs haute performance avec une technologie de refroidissement avancée, qui, malgré une forte baisse suite à un rapport négatif, présente une valorisation attractive (9 fois les bénéfices de l'an prochain) et une croissance ambitieuse. Bertrand Lamiel reste confiant sur le hardware, mais fait de la place au software.
**Secteurs Porteurs : Banques et Défense**
Bertrand Lamiel met en avant le secteur bancaire, qui a connu une performance remarquable depuis 2023, avec des gains annuels significatifs (23% en 2023, 25% en 2024, et 89% en 2026 pour l'indice). Cette surperformance s'explique par la hausse des taux courts et longs, la baisse des taux de défaut, et une tendance à la consolidation en Europe. Il recommande d'acheter les acteurs qui consolident (les "acheteurs") plutôt que les proies. Il cite Generali dans l'assurance italienne comme un exemple de potentiel acquéreur. Les banques d'Europe du Sud (Italie, Espagne) et d'Europe de l'Est (Pologne) sont particulièrement performantes.
Jérémy Blackwell se montre positif sur le secteur de la défense en Europe et en France, malgré une baisse des cours début 2023 après une forte hausse l'année précédente. Il estime que des acteurs comme Dassault Aviation et Thales ont un intérêt stratégique. Il privilégie Dassault Aviation pour sa diversification (chasseurs Rafale, jets d'affaires Falcon) et sa valorisation plus attractive (PER 2027 autour de 16 contre 21 pour Thales). Il souligne l'excellente exécution de Dassault Aviation, sa croissance de chiffre d'affaires de plus de 46% et son carnet de commande important.
Bertrand Lamiel, tout en reconnaissant les fondamentaux solides de la défense (augmentation des dépenses), a réduit ses pondérations en raison d'une phase de pause prolongée et d'un manque d'intérêt des investisseurs. Il mentionne Exocet, une petite valeur dans la défense spécialisée dans les caméras thermiques, comme une exception dans son portefeuille.
**Secteur Santé et Autres Opportunités**
Jérémy Blackwell commence à s'intéresser au secteur de la santé, traditionnellement défensif, mais qui a connu un parcours difficile. Il voit des opportunités dans des entreprises sous-évaluées, qui ne seront pas négativement impactées par l'IA, voire aidées dans la recherche de nouveaux médicaments. Il cite UCB (Belgique) pour son médicament Beams et Virbac (France), leader français de la santé animale, qui, malgré une baisse de 15% depuis le début de l'année, présente une croissance solide et un plan d'amélioration des marges.
Bertrand Lamiel mentionne Publicis comme une exception dans le secteur de la communication, grâce à ses acquisitions stratégiques dans la donnée et sa transformation vers un modèle plus technologique, la positionnant comme une "boîte de tech". Il souligne son excellente gestion et son avantage concurrentiel face à des acteurs comme Avas ou Omnicom.
Ferrari est présenté comme un "OVNI" dans l'automobile et le luxe, résistant à la baisse grâce à sa stratégie de petites séries et à la vente de modèles spécifiques à des prix élevés.
Le secteur du fret maritime est également identifié comme une opportunité, avec une demande et des prix en hausse, bien que Jérémy Blackwell appelle à la prudence en raison de la forte cyclicité et du caractère capitalistique du secteur.
**Valeurs à Surveiller**
* **Semi-conducteurs :** Micron, Nvidia, Broadcom (pour Jérémy Blackwell).
* **Logiciels :** SAP, ServiceNow (pour Jérémy Blackwell, mais rotation vers le hardware).
* **Cybersécurité :** Palo Alto, CrowdStrike, Fortinet, Okta (pour Bertrand Lamiel).
* **Défense :** Dassault Aviation, Thales (pour Jérémy Blackwell).
* **Santé :** UCB, Virbac (pour Jérémy Blackwell).
* **Banques :** Acteurs consolidateurs en Italie et en Espagne, Generali (pour Bertrand Lamiel).
* **Communication :** Publicis (pour Bertrand Lamiel).
* **Automobile/Luxe :** Ferrari (pour Bertrand Lamiel).
* **Fret Maritime :** Einer (pour Bertrand Lamiel).
* **Lunetterie :** Essilor (pour Jérémy Blackwell, malgré une baisse de 60%, il voit un bon point d'entrée à 20 fois les bénéfices, avec un potentiel de croissance à deux chiffres).
**Précautions et Conseils**
Il est rappelé que les performances passées ne préjugent pas des performances futures et que tout investissement comporte un risque de perte en capital. L'immobilier côté est déconseillé en raison de la hausse des taux et du télétravail. La prudence est de mise avec les valeurs sous la moyenne mobile 200 jours, car elles accumulent les mauvaises nouvelles.
En conclusion, les experts identifient des opportunités dans des secteurs variés, de la technologie aux banques, en passant par la défense et la santé, tout en soulignant l'importance d'une analyse rigoureuse et d'une gestion des risques adaptée à un environnement de marché incertain.