
Ex-Amazon VP tells us what it’s really like working with Jeff Bezos
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Ethan Evans, ancien VP chez Amazon Prime, partage son expérience et ses observations sur Jeff Bezos et la culture d'Amazon. Il a passé 20 ans chez Amazon, débutant dans des rôles variés avant de devenir le "gardien parental" d'Emit, le fondateur de Twitch, suite à l'acquisition de Twitch par Amazon pour 970 millions de dollars.
**Les Faiblesses de Jeff Bezos et la Culture d'Amazon**
Evans décrit Bezos comme quelqu'un qui transformait ses faiblesses en forces. Une de ses principales faiblesses était son manque de feedback positif et sa tendance à être excessivement critique. Il ne disait jamais rien de bien, se contentant de pointer trois choses à corriger, même face à des résultats exceptionnels. Cette approche, bien que visant l'amélioration continue, pouvait être dévastatrice pour ceux qui manquaient de "peau épaisse". Bezos a dû apprendre à complimenter, parfois de manière forcée, comme lorsqu'il ajoutait un "bon travail" à la fin d'une réunion où il avait passé une heure à critiquer.
Une autre faiblesse majeure était sa conviction inébranlable en sa propre vision, ce qui a mené à des désastres comme le Fire Phone. Malgré les avertissements répétés de son équipe, Bezos a persisté, aveuglé par ses succès passés (Kindle, Prime). Evans compare cela à un nouveau père qui refuse de voir que son bébé est laid.
Bezos pouvait aussi être "coupant" et "destructeur" en réunion. Il n'hésitait pas à humilier publiquement des équipes, les qualifiant de "B-team" face à une "A-team" inexistante. Ces critiques virulentes venaient souvent de sa propre frustration, non seulement envers l'équipe, mais aussi envers lui-même d'avoir laissé la situation se dégrader. Il exprimait ses émotions, qu'elles soient positives ou négatives, de manière très visible.
Cependant, Bezos possédait une capacité remarquable de "pattern recognition" et une intelligence hors norme. Evans estime que ses 10 000 heures passées à examiner des plans d'affaires et à donner du feedback lui ont conféré une expertise unique. Il pouvait rapidement identifier les leviers clés, les failles ou les points forts d'une entreprise, même sans connaissance approfondie préalable.
**La Notion de "Gift" et la Récompense de la Loyalité**
Evans aborde la question de l'intelligence et du succès. Il pense que tous ceux qui réussissent financièrement, sauf par chance ou héritage, possèdent un "gift" particulier. Il cite l'exemple d'un pair chez Amazon qui n'était pas le plus intelligent, mais possédait un don de loyauté exceptionnel. Jeff Bezos récompensait ce type d'employés qui étaient prêts à "courir à travers n'importe quel mur" pour accomplir une tâche. Ces employés n'étaient pas attendus pour des résultats transformateurs, mais pour leur capacité à transformer un projet médiocre en un projet acceptable (un "D" en "B"). Dans une entreprise de la taille d'Amazon, un tel apport était suffisant, surtout lorsqu'il était complété par d'autres projets de premier plan.
**L'Équation de la Confiance et la Priorité de la Crédibilité**
Lors d'un séminaire, une experte a présenté l'équation de la confiance, composée de l'intimité, de la crédibilité et de l'intégrité. Alors que la majorité des participants, y compris Evans, ont placé l'intégrité au premier plan, Bezos a choisi la crédibilité. Son explication était simple et pragmatique : il ne se souciait pas de l'intelligence ou de la sympathie d'une personne, mais de sa capacité à tenir ses engagements. Si quelqu'un disait "Je m'en occupe", cela signifiait qu'il s'en occupait réellement. Cette approche, bien que perçue comme froide, était essentielle pour lui afin de déléguer efficacement et de se concentrer sur les tâches stratégiques.
**L'Impact de la Richesse et la Perte de Contact avec le Client**
La richesse peut entraîner une perte de contact avec la réalité, notamment celle des clients. Evans illustre cela avec l'exemple d'un collègue super riche suggérant de prioriser l'automatisation des systèmes Sonos pour toute la maison, une idée déconnectée des réalités de la majorité des consommateurs. Les comédiens, par exemple, perdent leur inspiration lorsqu'ils deviennent riches car leurs problèmes, source de leur humour, disparaissent.
Bezos, pour contrer cela, lisait activement les e-mails des clients, même après avoir mis en place une équipe pour filtrer ceux qui lui étaient destinés. Il privilégiait les anecdotes aux données brutes, estimant que même un petit pourcentage d'échecs à l'échelle d'Amazon représentait un nombre de clients affectés considérable. Les "question mark emails" envoyés par Bezos forçaient les équipes à répondre dans les 24 heures sur les problèmes rencontrés par les clients, créant une culture de responsabilité.
**La Patience Stratégique et l'Impatience Tactique**
Bezos prônait une approche de "patience stratégique, impatience tactique". Les grandes idées prennent du temps (ex: l'espace, Prime), nécessitant une patience stratégique. Cependant, chaque jour doit être mis à profit pour progresser, même par petites touches. Il considérait une année comme 20 trimestres et refusait de perdre un seul trimestre dans la réalisation d'un projet à long terme. Cette philosophie se traduisait par une culture de travail acharné, où l'équilibre vie privée-vie professionnelle était remplacé par l'"harmonie vie privée-vie professionnelle". Le message était clair : "Travaillez dur, longtemps et intelligemment. Deux sur trois ne suffisent pas."
**Le Succès de l'Opportunité et la Gestion de la Richesse**
Evans réfléchit à la part de talent et de chance dans le succès. Il pense que Jeff Bezos aurait réussi dans n'importe quel domaine, mais le moment était crucial pour la naissance d'Amazon. Il évoque également la gestion de la richesse. Bien qu'il ait personnellement utilisé une partie de ses actions Amazon, il souligne le coût d'opportunité de ne pas avoir conservé l'intégralité de ses investissements, illustré par l'analogie de Guy Kawasaki. Le plus difficile n'est pas la richesse en soi, mais la perte d'identité et la déconnexion progressive du monde réel.
**La Philosophie d'Amazon : Vitesse, Prix et Choix du Client**
Le site d'Amazon, bien que jugé peu esthétique par certains, privilégie la vitesse de chargement et la clarté des offres, notamment le prix bas, comme moteurs de vente. Les expériences A/B tests sont omniprésentes, le but étant de maximiser les ventes. La priorité était donnée à la rapidité de chargement des pages, considérée comme plus importante que l'apparence visuelle.
Concernant l'impact environnemental, Bezos, en tant que fervent croyant du libre marché, privilégie le choix du client. Il estime que si Amazon ne vend pas certains produits, d'autres le feront. L'entreprise a tenté des initiatives écologiques, mais la philosophie générale reste de donner le choix aux consommateurs.
**Benjamin Graham et la Vision Long Terme**
Jeff Bezos citait souvent Benjamin Graham, affirmant que le marché est une "machine à voter" à court terme, mais une "machine à peser" à long terme. Il insistait sur l'importance de se concentrer sur l'augmentation de la valeur intrinsèque de l'entreprise ("poids") plutôt que sur les fluctuations boursières. Amazon privilégiait les flux de trésorerie sur les résultats trimestriels immédiats. Bezos a même considéré comme une erreur d'avoir atteint la rentabilité pour un seul trimestre, car cela créait une comparaison difficile pour les trimestres suivants.
**La Gestion des Investissements et la Dynamique du Pouvoir**
Lors d'un débat sur les investissements avec le CFO, Bezos a clairement affirmé sa position : le rôle du CFO est de compter les sous, le sien est de décider comment les dépenser. Cette remarque, bien que directe, servait à réaffirmer la répartition des rôles et à recadrer le CFO qui tentait de le freiner dans ses investissements.
**L'Avenir d'Ethan Evans : Coaching et Impact Social**
Evans a quitté Amazon pour aider les autres à réussir, tant professionnellement que personnellement. Il se concentre sur l'aide à la sécurité financière, puis sur la manière de donner un sens à cette réussite par le biais de l'impact social. Il dirige une association en Pologne pour aider les réfugiés ukrainiens et prévoit de lancer une communauté de coaching pour multiplier son impact. Sa vision est de créer des individus financièrement stables et confiants, capables d'agir positivement dans le monde.
**La Construction d'une Carrière et l'Apprentissage par la Pratique**
Evans partage son expérience d'utilisation de Twitch pour développer ses compétences de communication et de coaching. Malgré les critiques initiales, il a persévéré, acquérant une solide pratique en répondant à des milliers de questions en direct. Il a contourné les restrictions d'Amazon sur la communication publique en présentant son activité comme une utilisation du produit et une démarche de formation, obtenant le soutien de son supérieur.
**La Clé : Avoir le Souci de l'Autre et Savoir Dire la Vérité**
La capacité à dire la vérité sans blesser repose sur le souci sincère de l'autre. Il faut voir la personne comme un être humain à aider, et non comme une machine à réparer. L'empathie et le souci du bien-être de l'interlocuteur permettent de délivrer des messages difficiles avec une tonalité et un langage corporel qui atténuent leur impact négatif. Dans un cadre de coaching, le fait que le client paie pour recevoir des vérités difficiles facilite également cette communication.
**Le Rôle de l'Opportunité dans le Succès**
Evans souligne que le choix de l'opportunité est souvent plus important que le talent individuel. Un exemple concret est son arrivée chez Amazon, où il a dû choisir entre deux équipes naissantes : une pour un produit vidéo et une pour une plateforme d'ingestion. En choisissant la première, il a potentiellement privé un autre employé d'une opportunité qu'il convoitait. Il reconnaît qu'il est impossible de savoir si son succès est dû à son talent intrinsèque ou à cette opportunité précoce.
**L'Évolution de Jeff Bezos et la Sécurité Renforcée**
Avec le temps et le succès croissant d'Amazon, Jeff Bezos est devenu de plus en plus isolé par les mesures de sécurité. Ce qui avait commencé avec un simple garde à l'entrée s'est transformé en un dispositif de sécurité digne de Fort Knox, avec des ascenseurs dédiés et des équipes d'intervention. La volonté initiale de Bezos de rester accessible et proche des employés s'est heurtée à la réalité de la gestion d'une entreprise d'une telle envergure. Les événements comme les pique-niques annuels, autrefois des occasions de contact, sont devenus trop vastes pour permettre une interaction significative.
**Amazon Prime : De l'Idée à la Réalité**
L'origine d'Amazon Prime est attribuée à Jeff Bezos ou à Charlie Ward, un ingénieur principal. L'idée initiale n'était pas axée sur les avantages (perks), mais purement sur la rapidité de livraison (programme "Project 100", visant un lancement en 100 jours). Bezos a eu l'idée de promouvoir la "livraison en deux jours", sachant qu'il pourrait progressivement réduire ce délai à un jour. Le lancement a été motivé par la nécessité de présenter de bonnes nouvelles aux investisseurs après le krach de la bulle internet.
Avant Prime, une première tentative de "livraison gratuite" nécessitait un achat de 100 dollars. Par expérimentation, Amazon a constaté que 25 dollars était le seuil magique pour que les clients achètent au moins deux articles (livres, musique, DVD), permettant ainsi de couvrir les coûts d'expédition. Prime est donc devenu une évolution logique de cette stratégie.