
La vie folle de la famille la plus riche d'Afrique
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Aliko Dangoté, l'homme le plus riche d'Afrique, est une figure dont la fortune suscite autant d'admiration que de questions. Contrairement aux images stéréotypées de la richesse africaine, sa vie est marquée par une frugalité étonnante. Il réside dans la même maison depuis 36 ans, n'a pas de collection d'art et conduit lui-même le week-end. Ses achats de voitures sont rares, et bien qu'il possède un jet privé depuis l'âge de 22 ans et ait organisé le mariage somptueux de sa fille Fatima en 2018, ces événements restent des exceptions. Ce qui anime véritablement Dangoté, c'est son entreprise, qu'il considère comme son hobby, et sa holding, DA Industries, qui n'a jamais versé de dividendes.
Cette discipline trouve ses racines dans sa famille. Né en 1957 à Kano, au Nigeria, Aliko est le petit-fils d'Alassan Dantata, un homme d'affaires prospère au début du 20e siècle, qui a fait fortune dans le commerce du cola et de l'arachide. Élevé par son grand-père, Sanousi Dantata, qui menait une vie simple et travaillait dès l'aube, Aliko a été imprégné de ces valeurs. Il raconte avoir fait don de l'héritage paternel à des œuvres de charité, à l'image de son grand-père qui aurait légué tous ses biens. Dès l'école primaire, il démontre un esprit entrepreneurial en revendant des bonbons.
Après des études de commerce, il retourne au Nigeria et, avec un prêt familial dont le montant exact reste sujet à débat (allant de 3 000 à près de 800 000 dollars de l'époque), il se lance dans le commerce du ciment à Lagos. Son succès est rapide, remboursant son prêt en trois mois grâce à la demande croissante du pays en pleine construction, nourrie par les revenus pétroliers. En 1980, il étend ses activités à l'importation de sucre, de riz et de produits de première nécessité. À cette époque, le système de licences d'importation et les taux de change multiples offraient des opportunités considérables. Les dollars officiels, obtenus à un taux préférentiel, représentaient un avantage majeur, bien que l'accès à ces licences soit resté flou.
Au milieu des années 80, la chute des prix du pétrole entraîne une crise économique et une réforme du système de distribution des dollars. Les enchères remplacent les attributions aux initiés, réduisant l'avantage des détenteurs de licences. Dangoté, avec son réseau de camions et sa trésorerie, s'adapte en misant sur le volume. En 1996, il démontre sa capacité à influencer le marché en faisant importer une quantité de riz qui fait chuter son prix de 80 %.
Sa tentative dans le textile échoue en raison de la concurrence des importations à bas prix. Cette expérience le conduit à une nouvelle stratégie : produire au Nigeria ce qu'il importait auparavant. Il commence par le sucre en 2001, puis se tourne vers le ciment. La construction d'une cimenterie à Obajana en 2003, financée par un investissement d'un milliard de dollars, marque un tournant majeur. Cette usine, d'une capacité de 5 millions de tonnes annuelles, dépasse la production nationale de l'époque. En 2008, Forbes l'estime à 3,3 milliards de dollars, faisant de lui le premier Nigérian à figurer dans ce classement.
Sa carrière est jalonnée de décisions étatiques qui semblent toujours le favoriser. Son financement de la campagne présidentielle d'Olusegun Obasanjo en 1999, suivie d'une multiplication des interdictions d'importation, renforce sa position. Les accusations de monopole et de bénéfice d'un accès privilégié aux dollars officiels sont récurrentes, bien qu'il nie toute corruption. Néanmoins, les chercheurs de l'université de Leeds ont qualifié son succès de "capitalisme de connivence".
La cotation de Dangoté Cement à la bourse de Lagos en 2010 propulse sa fortune, atteignant 13,8 milliards de dollars en 2011 puis dépassant les 20 milliards en 2013. Son ambition s'étend ensuite au secteur pétrolier avec un projet de raffinerie colossal. Malgré les défis, notamment le coût du projet et la nécessité de construire son propre port, la raffinerie démarre en 2024. Bien qu'initialement déficitaire, elle devient rentable en 2026, conduisant à une valorisation qui propulse sa fortune à 51 milliards de dollars selon Forbes.
Actuellement, Aliko Dangoté, âgé de 69 ans, prépare sa succession, confiant les rênes de son empire à ses trois filles. Son objectif est d'atteindre 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires d'ici 2030, poursuivant son expansion avec une nouvelle raffinerie au Kenya. La question demeure : est-il le symbole d'une Afrique qui construit son industrie ou d'un homme devenu trop puissant pour son pays ?